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Silo, la solution anti-gaspi pour les industriels de l’agroalimentaire

#Startup

Fondée en 2020, Silo accompagne les industriels de l’agroalimentaire dans leur lutte contre le gaspillage en donnant une deuxième chance à la vente de leurs surstocks et invendus sur les marchés secondaires. Découvrez l’interview croisée des deux co-fondateurs, Alexandre Mazurier et Benoît Le Gouge, qui se mobilisent pour que plus aucun produit ne finisse sa vie dans une poubelle.

Quel est le concept de Silo en quelques mots ?

Benoit : Silo est une solution automatisée de revalorisation des surstocks et invendus alimentaires à destination des industriels. Nous leur proposons des solutions de revente et/ou de don auprès d’un réseau de plus de 350 acteurs du marché secondaire, composé d’acheteurs professionnels, de déstockeurs, de soldeurs et d’associations caritatives. Nous permettons ainsi une intermédiation entre les industriels de l’agroalimentaire et les acteurs ayant un besoin de marchandises de qualité.  

Alexandre : Plus concrètement, les industriels de l’agroalimentaire nous envoient une liste des produits finis qu’ils ont besoin de déstocker et nous les proposons ensuite aux partenaires de notre réseau qui répondent aux critères de vente définis par les industriels. Les acheteurs ou associations ont alors 5 jours pour se positionner sur les lots et nous transmettons ensuite les meilleures offres aux industriels pour validation et édition des factures.

Comment est née l’idée de ce projet ?

B : Avec Alexandre, nous sommes tous les deux des anciens de l’industrie agroalimentaire.  De mon côté, j’ai commencé à m’intéresser à la problématique du gaspillage alimentaire lors d’un stage au sein d’un grand groupe du secteur. J’ai dû trouver des solutions de revalorisation des surstocks auprès d’associations caritatives mais je me suis rapidement rendu compte que c’était très complexe en termes de logistique. J’ai alors essayé de trouver des solutions pour de la revente, mais là aussi j’ai eu beaucoup de mal à identifier des réseaux de déstockage. J’ai donc commencé à réfléchir au développement d’une solution pour éviter aux industriels de l’agroalimentaire de jeter leurs produits.
En parallèle, j’ai rencontré Alexandre, qui travaillait dans une agence de communication et avait, parmi ses clients, de nombreuses marques alimentaires qui étaient confrontées à ce même enjeu du gaspillage alimentaire. Il a donc très rapidement eu envie de se joindre au projet et nous avons lancé Silo mi-2020.

A : Nous avons tous les deux étés choqués par les chiffres : 1/3 de la production alimentaire mondiale finit à la poubelle, 10 millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année en France et plus de 20% de ce gaspillage est imputables aux industriels. Les raisons pouvant mener à ce genre de surplus sont nombreuses : packagings abîmés, erreurs d’étiquetage, déréférencement, aléas logistiques, dates limites de consommation… Et, à l’époque, il n’y avait pas vraiment d’alternatives pour les acteurs du secteur car il n’y avait pas de startups proposant des solutions faciles à mettre en place afin d’éviter la destruction des produits.

Comment vous positionnez-vous par rapport aux autres solutions innovantes qui luttent contre le gaspillage alimentaire ?

A : Nous avons la chance d’évoluer dans un écosystème où les solutions sont complémentaires les unes aux autres. Nous travaillons beaucoup avec les différents acteurs du marché tels que Stokelp, qui fait le même métier que nous mais sur les surstocks de matières premières et la vente entre industriels, ou encore Atypique qui est positionné sur les fruits & légumes déclassés et dont la vente se fait principalement auprès des hôtels et restaurants. Nous n’avons donc pas vraiment de concurrents directs car nous ne sommes pas sur les mêmes catégories de produits ou de clients.

B : Au-delà de cet écosystème de startups anti-gaspi, il y a d’autres acteurs, comme les grossistes, qui ont la capacité d’acheter en direct et en quantités importantes. Si cette solution se prête plutôt bien aux gros industriels, elle est beaucoup moins adaptée aux TPE/PME qui ont des coûts de revient plus importants, des volumes plus faibles et un poids moins élevé dans la négociation.

Comment se positionne le marché français de l’anti-gaspi par rapport à l’international ?

B : Nous sommes les pionniers depuis 2016 avec la loi Garot. Nous avons d’ailleurs été suivis par de nombreux pays européens concernant toutes les réglementations et sanctions pour la destruction des produits. Cependant, il y a encore énormément à faire puisque aujourd’hui la loi se concentre essentiellement sur les distributeurs et les sanctions restent très faibles envers les industriels de l’agroalimentaire.

Quelles sont les prochaines étapes pour Silo ?

B : Nous sommes en pleine levée de fonds pour accompagner la sortie de notre marketplace fin décembre, agrandir notre équipe et ainsi accélérer notre passage à plus grande échelle.

A : Aujourd’hui, notre modèle repose sur de la livraison en direct des entrepôts de l’industriels ou de ses sous-traitants jusqu’à l’acheteur. Demain, grâce au partenariat que nous développons actuellement, nous serons en mesure de proposer une solution de transport mais également de stockage. Cela lèvera un frein autant pour nos vendeurs que nos acheteurs, car cela évitera aux industriels de multiplier les points de livraison et cela permettra aux plus petits acteurs de commander des quantités moins importantes de produits et de panacher les palettes.  

Quelles ont été les principales difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de votre projet et comment les avez-vous surmontées ?

B : Le financement est l’une des plus grandes difficultés. Lorsque l’on crée sa boite avec peu de moyens financiers, et qui plus est sans accompagnement ni locaux, c’est assez complexe de mettre en place des projets et de grandir rapidement. Nous avons la chance d’avoir été bien entourés par différentes structures d’accompagnement complémentaires, comme Makesense, Wilco, Ionix, la Why Not Factory et aujourd’hui Paris&Co.

A : Nous avons également fait face à de nombreuses barrières à l’entrée sur le marché du déstockage. C’est un milieu très fermé, avec des entreprises familiales tenues de père en fils, et où les arnaques sont très répandues. En tant que nouvel acteur, nous avons dû prouver notre bonne foi et faire nos preuves pour gagner leur confiance et les convaincre de travailler avec nous. Nous sommes pour cela allés à leur rencontre et nous avons réalisé tout un travail de pédagogie. Nous sommes désormais bien intégrés dans le milieu, et notre important réseau de partenaires est la preuve de notre sérieux, mais cet enjeu de crédibilité ne nous a pas aidés à avancer rapidement.

Quels conseils auriez-vous aimé avoir avant de vous lancer dans l’entrepreneuriat ?

A : Mon conseil serait « Tant que tu n’as pas ouvert la porte, tu ne sais pas ce qu’il y a derrière ». C’est un principe que j’ai appliqué dès le lancement de notre projet, en revanche, aujourd’hui avec du recul, je rajouterais « N’oublie pas de la refermer très vite s’il n’y a rien derrière » !

B : Quand on crée son entreprise, on peut craindre de se faire piquer l’idée, mais en réalité il ne faut pas hésiter à parler de son projet et très vite s’entourer d’un mentor expérimenté, qui a déjà développé un produit ou service similaire, pour bénéficier de ses conseils. C’est essentiel pour prendre de la hauteur et confronter ses idées à la réalité du marché.

A : Si je peux ajouter un dernier conseil, je dirais qu’il faut profiter d’être petit pour être agile et faire bouger les lignes !

Quel est votre regard sur le secteur de l’industrie agroalimentaire ?

B : Le premier grand enjeu est lié au bouleversement des modes de consommation : de plus en plus de consommateurs se tournent vers des alternatives aux supermarchés et privilégient les circuits courts, mais également des produits moins transformés, avec moins d’emballage plastique. Ils sont beaucoup plus regardants sur ce qu’ils mettent dans leurs assiettes car ils ont conscience de l’impact de ce qu’ils mangent sur leur santé. La grande distribution va donc devoir s’adapter face à cette demande croissante pour plus de transparence, de local et de durabilité, afin d’attirer à nouveau les consommateurs dans ses magasins. Enfin, plus largement, dans le secteur de la restauration, je pense que la dynamique de la livraison à domicile va vite s’essouffler. Bien qu’elle ait été très plébiscitée pendant la crise sanitaire, la livraison met l’humain au second plan, or je pense que cela va l’encontre de la façon dont nous souhaitons faire société aujourd’hui.  

A : Je rajouterais que le défi de l’industrie agroalimentaire sera d’accepter de produire moins et mieux. Face à un consommateur de plus en plus éveillé, il ne s’agit plus de mettre un emballage vert pour « faire propre » et inciter à l’achat. Je pense qu’il faut en ce sens aussi accepter qu’innover ce n’est pas toujours pour le mieux. Aujourd’hui, les produits débordent des rayons, avec des niveaux de prix qui sont difficilement compréhensibles car il y a d’un côté des jeunes marques qui proposent des alternatives aux produits trop transformés, trop sucrés, à des prix relativement élevés, et de l’autre des produits industriels à bas prix. Cette offre pléthorique est de moins en moins lisible pour le consommateur. Il faut vraiment revenir à l’essentiel pour mieux rémunérer les acteurs sur toute la chaine alimentaire, du producteur au distributeur, et simplifier l’achat pour les consommateurs.

 

Si tu étais un plat, quel serait-il ?

A : Je serais un poulet sauce aigre douce.

B : De mon côté, je serais un Pad Thaï !

Si tu étais un ustensile de cuisine, quel serait-il ?

A : Un fouet ou un batteur !

B : Un presse citron, pour la touche d’originalité !

Si tu étais un condiment, quel serait-il ?

A : Un petit piment.

B : La coriandre.

Quelle est votre recette fétiche ?

A : La galette des rois à la frangipane car il y a plein de variantes possibles !

B : Le risotto car c’est facile à cuisiner et là aussi les recettes sont infinies.

Auriez-vous un livre, un documentaire, un podcast ou un média à nous conseiller autour de l’alimentation ?

A : J’aime beaucoup le livre Vous êtes fous d’avaler ça ! de Christophe Brusset, un industriel de l’agroalimentaire qui dénonce les multiples dérives du secteur. Et je conseillerais également le podcast Le saviez-food ? de Yousra Kouakoua.

B : Je recommande le livre de recettes Jérusalem de Yotam Ottolenghi qui met à l’honneur les cuisines palestiniennes et israéliennes.

Auriez-vous un bon plan food à nous conseiller à Paris ou en région parisienne ?

A : Je vous conseille une petite épicerie dans le 18e où ils cuisinent quelques plats avec leurs restes : ViVRE(S), au 39bis rue Doudeauville. Et je vous invite aussi grandement à essayer le restaurant vegan Aujourd’hui Demain (42 Rue du Chemin Vert, 75011 Paris), très très bon !

B : Je vous recommande un restaurant coréen incroyable : OMA, au 44 rue Rodier dans le 9e arrondissement.

Retrouvez toutes les adresses sur la carte Mapstr de Smart Food Paris !

 

 

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