Aller au contenu

Publié le :

Ancrons l'activité physique dans notre quotidien – Entre urgence sanitaire et enjeux territoriaux [Partie 1]

#Bonnes Pratiques

Ce n’est pas une nouvelle, l’activité physique quotidienne est bénéfique, pour notre corps comme notre mental. Nous pourrions énumérer une fois de plus ses bienfaits en s’appuyant sur les nombreuses études qui paraissent régulièrement mais l'enjeu n’est plus là. Les bienfaits sont connus et compris de tous et pour autant, seuls 5 % des adultes ont une activité physique suffisante pour être protectrice en France[1]. Comment l’expliquer et surtout, comment palier à cette bombe à retardement sanitaire qui nous attend dans les années à venir si les habitudes n’évoluent pas ?

A défaut de nous intéresser à l'ensemble des facteurs individuels qui peuvent entrer en ligne de compte, au sein du Pôle Vitalité, nous sommes convaincus de la nécessité d'ancrer collectivement et quotidiennement de bonnes habitudes sur le plan alimentaire, sanitaire et sportif. Nous souhaitons ici nous attarder particulièrement sur la manière dont les pouvoirs publics peuvent ancrer conjointement de nouvelles habitudes de pratiques chez les citoyens.

 

Pour Martine Duclos, présidente de l'ONAPS, les mesures prises par les ministères sont trop silotées, malgré des ambitions communes exprimées. « L’activité physique, c’est avant tout celle du quotidien, dans les déplacements, dans les parcs publics, à l’école, au travail », indique-t-elle[2]. Cette réorganisation des modes de vie passe donc par une discussion au niveau local avec l’ensemble des acteurs du territoire ; élus locaux, urbanistes, médecins, professeurs, professionnels du secteur privé. Il est nécessaire de se poser les bonnes questions et d’appréhender les forces et faiblesses d’un territoire afin d’en identifier des solutions concrètes, qui peuvent encourager la mise en mouvement des citoyens. Un plan « vélo », par exemple, doit être construit sur une réflexion 360, de la conception de l’aménagement urbain, à la mise en place d’un cadre règlementaire incitatif, en passant par l’anticipation des enjeux matériels et de maintenance. De plus, ce plan ne sera pas construit de la même manière que l’on soit dans une métropole ou dans un espace péri-urbain.

En dehors des problématiques de coordination territoriales, de nombreux freins à la pratique et à la mise en mouvement dans l’espace public persistent dans la conscience collective des usagers ; "je n'ai rien à proximité de chez moi pour pratiquer", "je ne me sens pas en sécurité en pratiquant seul dans la rue ou dans un bois, même si un parcours sportif est présent (accident, agression…)", "entre les vélos, les trottinettes, les rollers ou les skateboards, il y a trop d'usagers différents sur le même espace", "faire toujours le même parcours m’ennuie et je ne sais pas vraiment où aller et quoi faire de nouveau"… L’accessibilité et la sécurisation des espaces, la pluralité des axes de mobilité, les enjeux de qualité de l'air, de pollution au sens large (sonore et visuelle) sont également des contraintes à prendre en compte dans l’élaboration des espaces publics.

 

 

Face à ces nombreux enjeux, plusieurs leviers nous semblent intéressants à partager avec vous. Du nudge, en passant par le design actif, les bandes ludiques ou encore la gamification expérientielle, tous ces outils au préambule très conceptuels, prennent désormais vie dans notre quotidien.

Les motivations qui nous poussent à agir sont plus souvent émotionnelles que rationnelles. Nos choix sont alors influencés par des biais cognitifs, en lien avec notre environnement immédiat. La théorie du nudge (ou « coup de pouce » en français) part de ce constat pour déterminer les facteurs qui jouent sur ce mode émotionnel, afin de modifier de manière bénéfique notre environnement et notre architecture de choix. Le principe du nudge, théorisé par le prix Nobel d’économie Richard Thaler et le juriste Cass Sunstein, repose donc sur des petites interventions environnementales, facile à discerner, qui tendent à orienter notre prise de décision[3]. Ainsi, une énigme inscrite au rez-de-chaussée d’une Université de Bordeaux incite les étudiants à prendre les escaliers pour découvrir la réponse. Dans certains immeubles, le nombre de calories dépensées est indiqué à chaque étage franchi. Dans l’espace public, des paniers de basket-poubelle sont installés dans les rues du Havre pour sensibiliser et responsabiliser les citoyens à des pratiques éco-responsables, de manière ludique. 

Cette technique du nudge rejoint aujourd’hui celle du design actif appuyant la transformation, non pas des comportements humains mais des lieux publics, en zones favorisant inconsciemment l’activité physique dans l’environnement quotidien du citoyen.

Ce dernier phénomène, qui nous vient tout droit de Scandinavie, se répand désormais dans nos villes.

L’un des plus connus en France se trouve être la réhabilitation du front de mer de Calais. Bouger, contempler, jouer et découvrir sont les maîtres mots d’un lieu polyvalent mêlant des pôles d’intensités programmatiques liés aux jeux et à la pratique de sports urbains (terrains multisports, espaces ludiques, axes de mobilités variés) à des parcours dédiés à la détente et la contemplations (espaces d’expositions artistiques, mobiliers hybrides). On peut également citer les Chemins de la forme à Biarritz. Créé en 2013, ce parcours propose plus de 7 kilomètres de marche jonchés d’activités physiques à découvrir grâce aux nombreux QR codes à flasher sur la route. Le tout en s’appuyant sur les magnifiques paysages et patrimoines historiques de la côte basque.

Récemment, Paris2024 et l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires ont publié un guide pédagogique pour accompagner les collectivités qui souhaitent inciter leurs citoyens à bouger plus sur leur territoire[4]. Un document riche en exemples qui propose différentes méthodes en fonction du public cible, de la stratégie de mise en œuvre et des ressources mobilisées, en détaillant les points clés pour développer le design actif le plus efficace sur son territoire, tout en s'adaptant au contexte local.

 

Aujourd’hui, la réflexion se porte également sur la manière dont on peut s’emparer d’espaces non dédiés à la pratique ou inoccupés, pour en faire des lieux de vie multi-usages. Nous faisons référence ici à la notion de chronotopie[5] et le fait de repenser les espaces en fonction du temps disponible et des usages possibles tout en considérant les différents publics présents. Pourquoi ne pas réutiliser une place de marché vacante la moitié du temps pour y faire un espace de pratiques éphémères à destination de différents publics du quartier ?

D’autres encore, à l’instar de Sonia Lavadinho vont même jusqu’à imaginer une transformation globale, en profondeur de notre rapport à la ville, par le biais de « bandes ludiques ». Grâce à une succession de prises ludiques, mutualisables avec des mobiliers ou équipements urbains existants, l’idée est de permettre un séquençage de gestes et de postures liées au jeu et à l’enrichissement de nos parcours du quotidien. Ainsi, contrairement aux aires de jeux et espaces sportifs figés, la bande ludique s’inscrit directement sur nos itinéraires du quotidien pour aller au travail, emmener les enfants à l’école, aller au supermarché. Une notion inspirante et d’actualité, alors que de nombreuses jeunes familles citadines souhaitent « quitter dès que possible la ville pour "se mettre au vert", pour offrir à l'enfant "plus d'espace", pour qu'il ou elle puisse "courir librement". Bien conçue, la bande ludique offre cet espace de liberté pour les enfants[6] ».

Le réaménagement du Quai de la Fosse à Nantes en est un parfait exemple. Grâce à un simple revêtement coloré, le sol autrefois terne, sollicite l’imaginaire de l’enfant et incite la mise en mouvement. D’autres marquages sur les murs invitent quant à eux à quelques pas d’escalades. Simple à mettre en œuvre, ces dispositifs entretiennent la mise en mouvement de l’enfant et des parents dans les déplacements quotidiens. Un principe crucial alors que l’on parle de plus en plus des nouvelles villes du quart d’heure, favorisant les déplacements cours et des lieux hybrides ouverts à diverses activités.

 

 

Enfin, nous ne pouvions pas passer à côté d’un phénomène qui nous concerne particulièrement au sein de Paris&Co, celui de la gamification expérientielle. Nombre de startups collaborent avec des collectivités publiques pour motiver les citoyens à se mettre en mouvement, par le biais de l’enrichissement expérientielle et du digital. 

Prenons par exemple Runnin’City, cette application qui encourage à marcher ou courir tout en valorisant le patrimoine et l’histoire des collectivités. Outre l’aspect gamifiant pour l’utilisateur, c'est aussi un outil d'aide à la décision pour les collectivités qui souhaitent connaitre quels sont les parcours privilégiés par les utilisateurs et ainsi adapter et objectiver leurs choix d'aménagements et de budgets alloués dans le futur. Autre solution déjà implantée, Queeny propose aux collectivités d’installer des vélos connectés dans les espaces publics. Via son utilisation et un smartphone, les usagers sont récompensés en cadeaux ou offres solidaires, tout en favorisant une mise en mouvement, quelques dizaines de minutes chaque jour.

Le digital est donc un outil indéniable pour motiver mais également pour sécuriser et informer ; à l’image de MonSherif qui propose des accessoires et boutons d’urgences portables permettant de prévenir en un clic ses proches en cas de problèmes. Favorisant ainsi plus de liberté et de sérénité au quotidien, notamment lorsque l’on souhaite pratiquer seul(e) une activité en extérieur. Enfin, pour les populations des grandes villes où la pollution se fait dense, l’application Plume informe en temps réel de la qualité de l’air environnant. Elle permet aux usagers de choisir leurs secteurs de pratique tout en encourageant les collectivités à développer certains espaces moins pollués afin de les rendre plus accessibles à l’activité physique. 

 

Les solutions d’ancrages territoriaux pour la mise en mouvement du citoyen sont donc nombreuses. Outre cette nécessité de coordination et de créativité parmi l’ensemble des acteurs d’un territoire, il est en parallèle nécessaire, de démystifier la perception de l’activité physique. Se mettre en mouvement, ce n’est pas obligatoirement aller une heure à la salle de sport ou encore pratiquer une activité en club chaque semaine. Il y existe de nombreuses autres manières permettant à tous de rester actif au quotidien et nous tenterons de vous le démontrer dans le prochain numéro de cette newsletter.

 

Retrouvez un éventail de solutions et d’initiatives innovantes en vous abonnant à la Newsletter Vitalité : https://app.mailjet.com/widget/iframe/55Lu/MlB

 

[1] Anses, Evaluation des risques liés aux niveaux d’activité physique et de sédentarité des adultes de 18 à 64 ans, hors femmes enceintes et ménopausées, Février 2022

[2] La Croix, Contre la sédentarité, « l’activité physique doit faire partie intégrante de nos vies quotidiennes », Février 2022

[3] OGIC, Nudge : Une théorie pour révolutionner nos comportements, mai 2021

[4] Paris2024 & ANCT, Guide du design actif, décembre 2021

[5] Fairspace, Chronotopie, entre mutualisation et hybridation, mai 2021

[6] Sonia Lavadinho, La bande ludique, outil innovant pour enrayer l’exode des familles qui contribue à l’étalement urbain ?, mars 2022

Partager sur :

Lire aussi #Bonnes Pratiques

Des événements accessibles et inclusifs au service du vivre ensemble

D’après l’OMS, environ 25% de la population mondiale souffre aujourd’hui de troubles sensoriels, moteurs, cognitifs, mentaux... qu’ils s’agissent de seniors ou de personnes en situation de handicap, de façon temporaire, évolutive ou irréversible[1]. En France, l’INSEE estime à près de 13 millions le nombre de personnes en situation de handicap, soit près de 20% de la population active française[2]. Ces chiffres peuvent paraitre élevés, mais résultent du fait que 80% des personnes en situation handicap sont porteuses d’un handicap invisible (sensoriel, cognitif ou psychique)[3].

Ancrons l'activité physique dans notre quotidien – Des solutions profitables à portée de main [Partie 2]

propulsé par Le Tremplin

Le mois dernier nous avions mis la lumière sur le constat alarmant du manque d’activité physique dans le quotidien des Français. Les études sont unanimes, la sédentarité s’enlise dans notre société. Pour la contrer, il nous semble nécessaire que l’ensemble des acteurs des territoires se mobilisent et se coordonnent afin de repenser la place de l’activité physique dans le quotidien des Français. Design actif, nudge, balades ludiques, gamification expérientielle… nombreux sont les outils à disposition des collectivités pour permettre la création d’aménagements favorisant la mise en mouvement et la mobilité des citoyens. 

Mais au-delà de repenser et retravailler les espaces publics, il nous parait également nécessaire de démystifier, en parallèle, le regard de la population face à l’activité physique. Outre la salle de sport et la pratique en club, il y existe de nombreuses autres manières accessibles et personnalisables, permettant à tous de rester actif au quotidien.

adidas and Le Tremplin by Paris&Co join forces to launch the adidas Breaking Barriers Innovation Lab.

propulsé par Le Tremplin

The adidas Breaking Barriers Project is a commitment from adidas to enhance the capacity of the sports system to serve women and girls. As part of this commitment, we are proud to launch in partnership with adidas an exciting program for innovative European startups: The adidas Breaking Barriers Innovation Lab.