Aller au contenu

Tribune #1 - Construire ensemble le système alimentaire de demain

La crise que nous traversons rappelle à tout un chacun que l’alimentation est au cœur des enjeux stratégiques du pays. Elle a mis en lumière des dynamiques stimulantes dans le système alimentaire, tout en accélérant des tendances fortes et structurantes pour le secteur. Comment construire une alimentation durable qui valorise tous les maillons de la chaîne alimentaire ? Comment aider ses acteurs à relever les défis économiques auxquels ils font face ? Comment répondre aux besoins et aux nouvelles aspirations des consommateurs ? Une réflexion collaborative est indispensable pour faire émerger des solutions utiles et durables à ces enjeux. Chez Smart Food Paris, notre ADN est justement de fédérer les acteurs de la chaîne alimentaire qui souhaitent innover dans le secteur ; des acteurs convaincus que l’innovation est un levier essentiel. Nous souhaitons donc apporter ici notre regard sur les défis à relever.

Défi n°1 : Imaginer un modèle économique durable pour les solutions qui valorisent les circuits courts et de proximi

La crise sanitaire a bouleversé le système alimentaire internationalisé et mis sur le devant de la scène les acteurs déjà pleinement engagés vers le consommer local. Ces derniers ont fait preuve d’inventivité et ont démontré une grande capacité d’action pour assurer la continuité de la chaîne alimentaire. Cette adaptation s’est néanmoins faite au prix d’un fort investissement humain et logistique, ce qui pose aujourd’hui la question de leur pérennité. Pour autant, la coordination, la solidarité et le digital ont joué un rôle central dans la mise en place de ces solutions. Lors de la fermeture des marchés et restaurants, des initiatives collectives se sont multipliées, comme la publication de cartographies recensant les points de vente permettant de s’approvisionner en produits frais et locaux, la transformation des restaurants en drive-fermiers ou le rapprochement de la grande distribution avec les agriculteurs régionaux. Les collectivités ont également facilité cette dynamique, affirmant leur volonté de relocaliser l’alimentation dans les territoires (Projets Alimentaires Territoriaux).

D’autres solutions déjà en place ont aussi vu leur activité fortement augmenter. C’est par exemple le cas des marketplaces qui mettent en avant des producteurs locaux et construisent des dispositifs logistiques adaptés à la distribution de leurs produits.

Aujourd’hui, le déconfinement donne la possibilité aux Français de reprendre leurs habitudes de consommation. Si un nombre croissant de consommateurs continue de plébisciter les produits locaux et/ou en circuit court, d’autres ont très vite renoué avec leurs pratiques d’achats d’avant confinementAfin d’enraciner le consommer local, comment créer les conditions qui permettront aux entreprises proposant des solutions de reterritorialisation de l’alimentation d’être pérennes ?

Défi n°2 : Renforcer l’accessibilité à une alimentation de qualité

Nous envisageons trois dimensions déterminant l’accessibilité à une alimentation de qualité : géographique, informationnelle et éducative, économique. La crise sanitaire a creusé les inégalités associées à cette dernière dimension. Depuis le mois de Mars, les demandes d’aide alimentaire adressées au Secours Populaire ont crû de 45% par rapport à la même période en 2019 (France Inter). D’où la volonté de certains acteurs de créer une « couverture alimentaire universelle » ou une « sécurité sociale de l’alimentation » afin de garantir à chacun le droit à une alimentation de qualité. De même, les initiatives locales et solidaires, portées par des citoyens ou des professionnels de la restauration, se sont multipliées pendant la période de confinement. L’entreprise Linkee a par exemple continué de récolter des invendus qui ont permis, avec l’aide de structures d’aides alimentaires et grâce à une campagne de crowdfunding, de distribuer 320 000 repas sur la période. Le bien manger constitue ainsi un véritable enjeu de société, qui doit être mené collectivement et partagé par tous les citoyens quelles que soient leurs conditions sociales. Dans ce contexte, quels leviers activer pour réduire les inégalités sociales en lien avec l’alimentation ?

Défi n°3 : Encourager le développement de l’éducation alimentaire et la diffusion de l’information nutritionnelle pour permettre à chacun de choisir une alimentation saine et de qualité

La crise sanitaire a révélé l’importance d’une alimentation saine pour prévenir les maladies et rendre les populations plus résilientes face aux pandémies. Soucieux de leur santé et désireux de se réapproprier leur alimentation, certains consommateurs ont retrouvé le plaisir de cuisiner et/ou ont privilégié l’achat de produits ayant un fort pouvoir de réassurance, comme les produits locaux, labellisés ou issus de l’agriculture biologique. Cette prise de conscience nécessite de détenir des informations suffisantes sur les propriétés nutritionnelles, le mode de production ou l’origine des produits, et surtout de savoir les décoder. Dans ce cadre, l’éducation alimentaire apparaît comme un levier d’action majeur. Des structures comme Chef Bambino et La Tablée des Chefs sensibilisent les citoyens dès leur plus jeune âge aux enjeux d’équilibre alimentaire. Elles partagent leurs connaissances et leur expertise du secteur pour démocratiser l’accès à une alimentation plus saine, nutritive et variée. Elles rappellent aussi au consommateur qu’il a le pouvoir d’agir dans la structuration de la chaîne alimentaire en consommant de manière plus responsable et en acceptant d’allouer une juste part de son budget à l’alimentation. Comment remettre l’éducation alimentaire et nutritionnelle au cœur des priorités ?

Défi n°4 : Soutenir le développement de solutions qui concilient préservation de la santé et protection de l’environnement

Ces derniers mois, l’urgence sanitaire a renforcé le recours au plastique et à l’usage unique dans les dispositifs mis en place pour enrayer l’épidémie. Dans le secteur alimentaire, ce sont notamment le développement de la vente à emporter et la multiplication de produits emballés en grande distribution qui génèrent de nombreux déchets. Pour les consommateurs, le plastique est jugé plus hygiénique et rassurant dans un contexte anxiogène vis-à-vis de la santé. Plus que jamais, se pose la question de la gestion de ces emballages et de leur fin de vie tout comme celle du développement à l’échelle industrielle d’alternatives plus vertueuses et adaptées aux nouvelles contraintes sanitaires. My Retail Box a par exemple lancé un appel à projets pour récompenser les inventions favorisant l’achat en vrac et ainsi accélérer la réduction des emballages jetables. Des startups sont également force de propositions, comme Meal Canteen qui, grâce à son nouveau concept de self virtuel, permet de respecter les gestes barrières, tout en poursuivant sa mission principale qui est la lutte contre le gaspillage alimentaire, un autre enjeu environnemental majeur dans le secteur alimentaire. Dans ce contexte, comment favoriser le développement à grande échelle de ces solutions qui allient santé et environnement ?

 

Ainsi, cette période nous invite à accélérer nos réflexions sur les enjeux forts du secteur et nous offre l’opportunité d’agir ensemble à la construction d’un système alimentaire plus durable, inclusif et résilient. Entrepreneurs, institutionnels, partenaires actuels ou futurs, professionnels des métiers de bouche ou associations, vous souhaitez contribuer à cette démarche ? Venez nourrir notre réflexion ! 

 

Par Domitille Dezobry, Natacha Rollinde et Éléonore Chambre