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Parce que le sport devrait avant tout être un jeu

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a révélé en novembre une étude sur l’activité physique des adolescents dans le monde. Constat terrifiant pour la France : nous nous classons 119e sur les 146 pays étudiés ; 87% des Français âgés de 11 à 17 ans font moins d’une heure d’activité physique quotidiennement (contre 80% en moyenne au niveau mondial). Cette tendance témoigne d’un déficit de pratique sportive qui peut être dû à deux facteurs complémentaires. Non seulement le nombre d’heures de cours est plus important en France que dans d’autres pays au détriment du temps dédié au sport. Et par ailleurs, le développement des technologies et l’utilisation de nombreux écrans dès le plus jeune âge ne forcent pas nécessairement les jeunes à bouger davantage.

 

Cette tendance apparaît d’autant plus inquiétante lorsque Paris 2024 révèle qu’aujourd’hui 50% des personnes adultes déclarent ne pratiquer aucune activité physique en France. Qu’adviendra-t-il quand cette génération, ceux que l’on appelle les Millennials, arrivera à l’âge adulte ? Quel sera le taux de pratique sportive ? Mais surtout comment mettre ces adolescents au sport dès le plus jeune âge ?

 

Intégrer le sport dans le quotidien des enfants.

 

Les bienfaits du sport sur un enfant ne sont plus à démontrer : non seulement en termes de santé, par la réduction des risques d’affection liés à la sédentarité ou par la réduction des risques d’obésité, mais aussi en termes de bien-être pour l’enfant et le sentiment de se sentir « bien dans sa peau ». Comment donc ancrer encore plus le sport dans le quotidien des jeunes ?

Face aux chiffres alarmants de l’OMS, la réponse devrait d’abord se trouver dans les politiques publiques. Trois heures de sport obligatoire par semaine semblent ne pas être suffisantes pour pousser les jeunes à avoir une activité physique de manière régulière et en adopter l’habitude. De plus, comme le montre un récent rapport de la Cour des Comptes, le temps scolaire dédié à l’Education Physique et Sportive (EPS) n’est pas toujours respecté à l’école primaire puisque des inspections ont estimé la moyenne nationale autour de 2 heures par semaine. Pourtant, la France dispose d’un taux horaire relativement élevé comparé aux autres pays européens, l’EPS représentant 14% du nombre total d’heure de cours. La première mesure serait-elle donc de déjà faire respecter cette disposition ?

Dans un second temps, le temps de cours trop élevé ne permet pas aux enfants de faire du sport à côté, comme c’est le cas en Allemagne ou en Espagne, ces pays se classant d’ailleurs mieux dans le classement de l’OMS que la France malgré un temps scolaire dédié à l’EPS plus faible. Les écoliers allemands ou espagnols ont ainsi plus de temps pour des activités extra-scolaires, notamment sportives. Rendre les jeunes plus sportifs peut-il être envisagé grâce à la réduction du temps passé à l’école ou la mise en place de créneaux quotidiens dédiés ?

 

Cependant, de nombreuses actions sont déjà mises en place sur le terrain. Le plan Aisance Aquatique lancé par le ministère des Sports et le ministère de l’Education Nationale va dans le sens d’une augmentation de la pratique sportive par le biais de la natation, bien que ce plan ait avant tout été mis en place pour lutter contre les noyades. Le ministère des Sports investit 3 millions d’euros chaque année dans le dispositif « J’apprends à nager », incorporé dans le plan Aisance Aquatique, pour financer des cycles de 10 séances de natation pour les enfants dès 4 ans. Le Ministère de l’Education Nationale et le Ministère des Sports organisent également conjointement avec l’Union Nationale du Sport Scolaire (UNSS) et l’Union Sportive de l’Enseignement du Premier degré (USEP), une « Journée nationale du sport scolaire » pour promouvoir les activités des associations et fédérations sportives scolaires. Cette journée a également pour but de véhiculer les valeurs de l’olympisme et du sport, pouvant être utiles au développement de chaque enfant.

L’opportunité liée à Paris 2024 est grande pour développer le sport scolaire. D’ores et déjà des programmes sont mis en place comme Génération 2024, un dispositif interministériel qui vise à développer des passerelles entre le monde scolaire et le mouvement sportif.  De même, la « Semaine olympique et paralympique » est un moment privilégié pour développer la conscience sportive auprès des plus jeunes et mêler sport et éducation par l’amusement.

Mais l’innovation, notamment numérique, peut-elle jouer un rôle en tant que support pédagogique pour favoriser la pratique sportive ?  Yoann Tomaszower, enseignant agrégé d’EPS en est persuadé : « de réelles perspectives s’ouvrent pour l’EPS », grâce à un feedback quantitatif précis pour faire progresser les élèves. Cependant, l’innovation ne devrait-elle pas être mise à contribution pour trouver des moyens facilitant l’accès et le plaisir liés à la pratique du sport auprès des plus jeunes, plutôt que développer des aspects liés à la performance ?

 

S’appuyer sur le jeu pour faire coïncider sport et plaisir

 

Les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 seront jugés aussi bien sur la performance des athlètes français ou la bonne tenue de l’événement mais également sur l’héritage qu’il en restera. Un événement d’une telle envergure internationale doit donner un coup de boost et faire de la France une véritable nation sportive.

Comment donc atteindre l’objectif d’une véritable nation sportive en évitant de dégoûter les enfants du sport, filles comme garçons ? Comme l’affirme Amanda Visek, de l’école de santé publique du Milken de l’Université George-Washington, les « données indiquent que les filles et les garçons sont plus semblables que différents quand il s’agit de rendre le sport amusant ». Il devient alors indispensable de tendre vers plus d’amusement, avec de nouvelles manières de sensibiliser et d’enseigner le sport pour que chaque enfant puisse y trouver sa place. Un enfant avec moins de capacités physiques va pouvoir se sentir dénigré, car moins fort, d’où l’importance d’avoir une approche de l’EPS basée sur le jeu et l’amusement, plutôt que sur l’aspect purement compétitif.

La dimension ludique et inclusive du sport semble ainsi à privilégier dans la manière d’enseigner l’EPS. Play International est pleinement investi dans cette thématique. « On va mixer des pratiques compétitives individuelles et en équipe puis des pratiques plus coopératives » affirme Hugo Beguerie, Responsable des Programmes France chez Play International. Développée par Play International, la Playdagogie est une méthode qui utilise le jeu sportif comme outil pour la prévention et la sensibilisation des enfants sur des sujets sociétaux. La méthode s’appuie sur 3 phases : un jeu sans thème, un jeu avec thème grâce à l’intégration de symboles traitant du vivre-ensemble ou de la santé, puis un débat. Le plaisir du sport est ainsi allié à des fonctions sociales et éducatives, présenté sous une forme gamifiée.

 

Par ailleurs, cette notion de jeu se retrouve dans les préconisations des grandes instances internationales, symbole que le sport comme vecteur de développement de l’enfant est un des enjeux prioritaires. En collaboration avec le Comité International Olympique (CIO) et Nike entre autres, l’UNESCO a élaboré un « Package » pour la promotion des politiques nationales d’Education Physique de Qualité (EPQ). Ce package recommande notamment la mise en place d’un suivi et d’une évaluation de la pratique ou encore le développement de politiques favorisant l’inclusion grâce à des activités ludiques. L’UEFA quant à elle, via sa fondation, met en place des programmes ludiques pour participer au développement des jeunes, à l’image du projet « Football pour l’éducation en matière de santé » mené en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso.

Mais cette évolution de l’approche du sport doit avant tout être transmise par le cercle familial. Richard Weissbourd, psychologue à Harvard Graduate School of Education, affirme que les parents au bord des terrains doivent être les premiers à motiver durablement les enfants. Le rôle familial est primordial pour favoriser la pratique sportive et axer sur le jeu. Un changement de mentalité des enfants est parfois observé quant au sport : ils passent de « je vais faire du sport » à « suis-je obligé de faire du sport ? » Le plaisir lié au fait de bouger doit être maintenu par le jeu. L’impact du sport de compétition, avec des parents et des entraîneurs exigeants, peut justement leur faire perdre cette notion de jeu. Les enfants font du sport pour s’amuser avant de le faire pour gagner, et les parents peuvent avoir un rôle à jouer en pratiquant à leurs côtés.

Enfin, on pourrait s’interroger sur les sports les plus adaptés pour la préservation et le bon développement du corps de ces jeunes. Un récent rapport de l’Académie de médecine tente de prévenir à l’inverse des risques liés à une pratique sportive à haute dose, notamment chez les adolescentes. La gymnastique, la danse, le tennis ou encore la course de fond, peuvent ne pas être adaptés aux jeunes pratiques selon ce rapport, surtout si la pratique hebdomadaire dépasse les 15 heures.

 

 

De nombreuses actions sont déjà mises en place sur le terrain mais d’autres innovations sociales et éducatives du sport sont encore à imaginer. Il apparaît évident que l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques à Paris en 2024 représente la meilleure opportunité pour la France de saisir cet enjeu à bras le corps. Les enfants d’aujourd’hui seront-ils incités à adapter leur mode de vie pour faire de la France la nation sportive escomptée ?

 

Constant CAPRON - Vincent CHOTEL