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Les nouveaux terrains de jeux culturels : à la croisée du réel et du virtuel

Depuis sa sortie en 2016, Pokemon Go est devenu un véritable phénomène de société, démontrant ainsi qu’il y a une réelle appétence du grand public pour des solutions croisant réel et virtuel via le smartphone. Les propositions d’expériences culturelles utilisant les technologies de réalité augmentée, de géolocalisation ou des mécaniques de jeu pour se divertir tout en se promenant ne cessent d’émerger. En parallèle, les musées tentent eux aussi de se réinventer et de proposer une expérience de visite plus interactive et immersive. Comment le virtuel peut-il permettre d’enrichir l’expérience culturelle sans pour autant couper du réel ? 

A travers cet article, nous vous proposons de découvrir les initiatives et les innovations de trois acteurs invités au Hacking de l’Hôtel de Ville le 6 mars dernier qui réinventent les expériences de visite des villes et des musées et qui rendent accessibles au grand public des œuvres et des lieux parfois oubliés.

La ville comme nouveau terrain de jeu

Le mobile est devenu notre meilleur allié pour nous informer, nous divertir ou nous faire vivre des expériences nouvelles. Nous sommes sans cesse à l’affut de nouvelles solutions d’expériences culturelles nous permettant de nous informer, de partager, tout en faisant notre footing ou notre balade quotidienne. Avec des solutions comme Hootside ou Rewind, la ville semble s’imposer comme un nouveau terrain de jeu pour la culture. Les technologies qu’elles proposent, associées à des contenus de qualité, permettent de faire coopérer intelligemment le monde physique et le monde digital.

Hootside est la première marketplace mobile qui référence des expériences de jeux en réalité augmentée accessibles partout en France. Chaque expérience est attachée à l'univers d'une licence réputée et influente, aussi bien dans le domaine du jeu vidéo (comme Assassin’s Creed), que du cinéma ou encore de la bande dessinée. Mathieu Gattano, Chargé de communication chez Hootside nous explique que le jeu et la réalité augmentée sont des matières premières pour transformer n'importe quelle rue ou n'importe quelle ville en un terrain de divertissement virtuel. Le studio crée des expériences dont l'objectif est de proposer demain, un nouveau format de loisir au grand public, une nouvelle manière de visiter, d'apprendre mais surtout de découvrir le patrimoine qui nous entoure quotidiennement. Hootside s’inscrit dans un contexte d'usage en plein changement, toutes générations confondues, où il est question d'innover avec des expériences nouvelles et interactives, notamment à l'ère du mindset "mobile-first" de plus en plus ancré dans les habitudes des Français. La volonté du studio est de mixé trois ingrédients que sont le jeu vidéo, la réalité augmentée et le loisir pour participer à une révolution qui a déjà commencé, celle du tourisme numérique. Hootside a lancé un premier projet pilote au musée de l’armée en janvier 2019 en collaboration avec Ubisoft et a aidé le musée a tripler sa fréquentation sur 3 mois.

Rewind est une application de podcasts géolocalisés dans les rues de Paris. L’application déclenche des histoires au fil de la promenade de l’utilisateur qui peut choisir entre types d’expériences. Le premier format est une balade guidée pour (re)découvrir les quartiers de Paris à travers différents thèmes comme Le Paris Coquin, Les Mystères et Légendes de la capitale ou encore Les Crimes de Paris. Le second format propose des capsules sonores sur L’Histoire à écouter en moins de 2 minutes : Hemingway à deux doigts de libérer le Ritz, l’atterrissage d’un avion sur le toit des Galeries Lafayette ou encore la Verticale de la tour Eiffel, une course d’escaliers unique au monde ! Julien Wouters, co-fondateur de Rewind rappelle que l’ensemble de ces mini-podcasts peuvent également être écoutés à distance. Depuis son lancement en début d’année, l’application compte déjà plus de 10 000 téléchargements.

L’open content culturel : une adaptation de l’expérience muséale réussie

La loi d’ouverture des données publiques culturelles offre un formidable levier pour la visibilité des œuvres. Le musée a donc lui aussi décidé de se réinventer et ne se conçoit plus seulement comme un lieu physique et contemplatif mais un lieu où l’expérience de visite devient de plus en plus interactive et immersive ; comme en témoignent les 525 applications muséales ou patrimoniales qui ont été lancées en France depuis 2009 [source : dossier du CLIC du 20/11/2019].

Dans une époque où les visiteurs de tout âge vivent tous avec leurs smartphones dans leurs poches, les musées doivent y trouver une place et si possible, plus longtemps que le temps d'une visite… Avec la mise à disposition en Open Content de reproductions numériques des œuvres, comme le propose Paris Musées, l’expérience peut-elle se prolonger et impliquer davantage l’institution dans la société et dans son territoire ? Martjin Pronk, responsable digital et éditorial au Rijksmuseum (Amsterdam), affirme que « La rencontre individuelle avec une œuvre d’art originale constitue une émotion forte et puissante qui n’est en rien affadie par des rencontres antérieures avec ses reproductions ». Bien au contraire, ouvrir son musée au numérique permet d’apporter de nouvelles pratiques, sans impacter sa fréquentation.

Ainsi, Paris Musées, propose en Open Content (mise à disposition gratuite et sans restriction) plus de 150 000 reproductions numériques d’œuvres exposées dans 14 musées et sites de la Ville de Paris depuis le mois de janvier. Cette ouverture des données garantit le libre accès et la réutilisation par tous de fichiers numériques, sans restriction technique, juridique ou financière, pour un usage commercial ou non. Paris Musées permet donc à tous d’utiliser simplement, durablement, gratuitement et instantanément des images en haute définition pour appuyer des recherches et améliorer des outils de médiation physiques et numériques.

Philippe Rivière, chef des services Communication et Numérique, directeur adjoint au développement des publics, des partenariats et de la communication de Paris Musées explique que cette réflexion autour de l’Open Content a été inspirée par des institutions culturelles du nord de l’Europe et des Etats-Unis : Rijksmuseum à Amsterdam ou du Metropolitan Museum à New York. De nombreuses questions se sont posées sur le business model associé à l’ouverture de ces données culturelles. Ces œuvres ne sont en effet pas soumises au droit d’auteur et appartiennent au domaine public. L’utilisateur peut donc copier, modifier, distribuer et représenter l’œuvre, même à des fins commerciales, sans besoin de demande une autorisation.

Après 2 mois, Paris Musées compte 2 086 382 utilisateurs et 1 160 302 images téléchargées. Plusieurs projets de réutilisations commerciales ou non commerciales ont vu le jour, notamment un porté par des chercheurs français et européens souhaitant créer des bases de données pour une intelligence artificielle. La marque de vêtement ZARA a également téléchargé des motifs afin d’alimenter une future collection de vêtements. L’Open Content permet donc à Paris Musées d’être identifié et de participer à un consortium européen de recherche sur l’open content et l’open data culturelle. Ce nouveau format de médiation permet également à Paris Musées de toucher de nouveaux publics professionnels et internationaux et d’envisager de futures collaborations avec des startups pour proposer une expérience toujours plus immersive et interactive.

 

Pour en savoir plus :

Hootside

Rewind

Paris Musées

Hacking de l'Hôtel de Ville