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Nutrition

La nutrition : 3 défis sources d’innovation au cœur du système alimentaire

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), « la nutrition est l’apport alimentaire répondant aux besoins de l’organisme » et une bonne nutrition, tout comme la pratique régulière d’exercice physique, « sont autant de gages de bonne santé ». De fait, si la nutrition a un impact avéré sur la santé, son rôle a également été étudié selon d’autres perspectives. Mobilisée pour construire des régimes alimentaires adaptés aux besoins des sportifs, elle est un vecteur de performance. Pour préserver la planète ainsi que les générations présentes et futures, elle rejoint des impératifs de valorisation de systèmes alimentaires durables. La nutrition constitue donc plus largement un facteur fondamental pour le bien-être des individus. Bien qu’elle ait été pendant longtemps envisagée sous un angle strictement utilitaire, plusieurs études récentes ont également mis en avant la nécessité de réintroduire le plaisir au cœur de la réflexion. Comme le souligne Nicolas Darcel, coordinateur de la chaire Aliment Nutrition et Comportement Alimentaire (ANCA) et maître de conférences en nutrition à AgroParisTech, « on sait en effet que les réseaux neuronaux qui produisent le plaisir dans le cerveau anticipent le plaisir associé à la consommation d’un aliment et que c’est sur la base de ces « attentes » qu’on effectue nos choix alimentaires ». Par conséquent, le secteur de la nutrition est marqué par des mutations profondes, sources de nombreuses innovations, que nous approfondirons dans le cadre d’une série de billets. En attendant, découvrez dans cet article introductif notre décryptage des trois défis clés du marché.

Défi 1 — L’information nutritionnelle, entre intérêt général et marché émergent

Depuis 2001, le Programme National Nutrition Santé (PNNS) coordonne des politiques publiques destinées à améliorer l’état de santé de la population française à travers une meilleure alimentation et la pratique d’une activité physique régulière. Sa mise en œuvre a constitué une réponse à la forte croissance des maladies chroniques en France, pour lesquelles de nombreux travaux scientifiques ont montré l’implication de facteurs nutritionnels. L’information nutritionnelle a toujours été au cœur du PNNS et le dispositif a progressivement impliqué les entreprises du secteur en proposant, dès 2006, d’apposer un étiquetage nutritionnel sur la face arrière des packagings de produits alimentaires, puis sur leur face avant à partir de 2017, via le Nutriscore.

En parallèle de ces dispositifs publics et à la faveur de l’émergence de plateformes comme Open Food Facts ou Num-Alim, nous observons depuis quelques années une forte croissance des applications de décryptage alimentaire. Elles contribuent à faire de l’information nutritionnelle un marché en tant que tel, dans lequel les entreprises se différencient par les critères d’évaluation retenus. Yuka indique par exemple la présence d’additifs et prend en compte la dimension biologique du produit, Siga met en évidence le degré de transformation des aliments, tandis que L’appli des consos (récemment lancée par la marque C’est qui le patron ?!) classe les produits en fonction des attentes prioritaires du consommateur. Si la question de la sélection et de la pondération des critères se pose, ces applications ont le mérite d’apporter une vision plus globale, qui va au-delà de la composition nutritionnelle du produit. D’autres acteurs s’inspirent aussi de ces différents indicateurs et proposent d’évaluer la qualité environnementale des produits, à l’instar de l’éco-score dévoilé début janvier par dix acteurs du numérique. Il devance de quelque mois la publication par l’ADEME d’un cahier des charges destiné à la construction d’un tel système de notation porté par les pouvoirs publics, ce qui traduit bien la complexité des jeux d’acteurs impliqués dans ces démarches d’information.

A qui appartiennent les données utilisées et comment sont-elles ou peuvent-elles être récoltées pour servir l’intérêt général ? Selon quels critères les systèmes d’évaluation des produits sont-ils élaborés ? Par qui et avec quelle légitimité ? Finalement, au-delà des propriétés nutritionnelles, qu’est-ce qu’un bon produit ?

Défi 2 — L’innovation nutritionnelle en quête d’équilibre

La dimension nutritionnelle gagne également du terrain dans la conception même des produits. A partir des années 2000, le développement d’une approche holistique de la nutrition a contribué à transformer le rapport aux aliments et à leurs propriétés. Ils ne sont plus appréhendés comme une somme de nutriments sans interaction les uns avec les autres, mais dans leur globalité. De ce constat découle généralement trois impératifs de consommation : une alimentation plus végétale, plus variée et moins transformée. 

Face aux exigences croissantes des consommateurs allant dans ce sens et à l’évolution rapide de leurs habitudes alimentaires, les entreprises de l’agroalimentaire redoublent d’efforts pour adapter en permanence leur offre et transformer durablement leurs pratiques. Parallèlement, des marques portées par de jeunes entreprises ouvrent de nouvelles voies en plaçant la qualité nutritionnelle au cœur de leur proposition de valeur. Le champ d’innovation est large pour améliorer le profil nutritionnel des produits : personnalisation croissante des gammes, réduction de certaines étapes de transformation, reformulation des recettes, substitution ou suppression d’ingrédients. Pour autant, autant, concilier « gourmandise, tradition et équilibre nutritionnel » reste un véritable défi pour les entreprises qui tentent d’y répondre.

En outre, la nutrition génère des innovations de service, elles aussi stimulées par la personnalisation croissante des régimes alimentaires. Certaines applications mobiles proposent aux consommateurs un accompagnement sur le plan de la santé et construisent des programmes nutritionnels adaptés à leurs objectifs, goûts et contraintes. D’autres, destinées à des sportifs amateurs ou professionnels, offrent des outils pour améliorer leurs performances. La place accordée au plaisir gustatif y est alors plus ou moins forte. Ce marché des solutions de coaching donne ainsi un bon aperçu de la diversité et de la complémentarité des approches de la nutrition.

Ces solutions ont toutes des partis pris différents sur la relation entre santé, bien-être et plaisir, à travers l’alimentation. Comment améliorer la qualité nutritionnelle de son offre tout en préservant la qualité sensorielle et répondre au mieux aux préférences des consommateurs ? Plus encore, comment le plaisir peut-il constituer un levier pour se différencier et promouvoir une alimentation saine ?

Défi 3 — La nutraceutique, une frontière floue entre alimentation et médecine

Enfin, l’un des marchés les plus dynamiques dans le secteur de la nutrition est celui des compléments alimentaires. Il représentait près de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019, soit 3 % de plus qu’en 2018. En France, les compléments alimentaires sont définis par la réglementation comme « des denrées alimentaires dont le but est de compléter un régime alimentaire normal ».

Depuis quelques années, l’offre nutraceutique est fortement stimulée par les ventes en ligne — +10 % de croissance du CA entre 2018 et 2019 — et fait l’objet d’une véritable modernisation par les Digital Native Vertical Brands (DNVB). Ces dernières innovent par une offre plus ludique et personnalisée, alliant plaisir et efficacité, des packagings soignés, mais également un mode de distribution direct en ligne, avec bien souvent la possibilité de souscrire à un abonnement.

En outre, la tendance favorable aux compléments alimentaires et produits de santé naturels s’est amplifiée avec la crise sanitaire. Selon l’Innova Consumer Survey 2020, six consommateurs mondiaux sur dix recherchent de plus en plus des aliments et boissons fonctionnels, c’est-à-dire des produits enrichis en ingrédients qui, au-delà de leurs propriétés nutritives, renforcent le système immunitaire.
L’intérêt pour la nutrition personnalisée s’accélère et s’accompagne d’un développement de nouvelles technologies permettant par exemple d’analyser notre microbiote intestinal ou de séquencer notre ADN dans le but d’adapter nos repas et optimiser notre santé.

Pour autant, selon la définition légale, les compléments alimentaires « ne constituent en aucun cas une alternative aux médicaments, n’exercent pas d’action thérapeutique et n’ont pas vocation à prévenir ou guérir une maladie ». La nutraceutique est soumise à de multiples réglementations, notamment en termes d’étiquetage et de communication, afin de protéger le consommateur et ne pas l’induire en erreur. Si ce cadre juridique dicte les conditions selon lesquelles les allégations nutritionnelles et de santé peuvent être employées, les exigences sont moindres comparées à celles des médicaments. Une enquête réalisée par la direction générale des contrôles de fraudes (DGCCRF) a d’ailleurs révélé des manquements au niveau des mentions figurant sur les compléments alimentaires vendus en ligne, mettant pleinement en lumière les controverses qui agitent ce secteur, en particulier autour des risques potentiels auxquels peut être exposé le consommateur en cas de mauvaise supplémentation.  

Sur ce marché où la frontière est ténue entre alimentation et médecine, comment assurer une information loyale an matière de santé aux consommateurs ? Quelles recommandations face aux compléments alimentaires sans consensus scientifique ?

Finalement, dans ce secteur de la nutrition en pleine évolution, certaines tendances communes se dégagent : une exigence toujours plus grande de la part de consommateurs de mieux en mieux informés, une recherche de plaisir dans un domaine initialement dominé par une approche santé et une tension plus ou moins forte entre l’intérêt général et des enjeux de marché. Toutes ces dynamiques sont sources de nombreuses innovations et seront au cœur des prochains billets sur le sujet !

Pour aller plus loin : 

Les articles d'autres plateformes de Paris&Co dédiés à la nutrition - Le Tremplin, plateforme d'innovation sport & Level 256, plateforme d'innovation e-sport

FAO, 2019, Sustainable Healthy Diets. Guiding Principles

Anthony Fardet, Edmond Rock, 2019, "Alimentation : protégez votre santé (et la planète) grâce à la règle des 3V", The Conversation 

Culture Nutrition, 2020, Le marché 2019 des compléments alimentaires