Aller au contenu

La métropole du Grand Paris : questions autour d’une construction urbaine stimulée par l’innovation

Quels sont les besoins en équipements, en services et en construction dans Paris et sa métropole ? C’était la question phare à laquelle ont répondu les trois invités de la table-ronde « 2030 : Quels besoins, quelles opportunités dans la métropole du Grand Paris pour les startups et PME ? », organisée dans le cadre du Hacking de l’Hôtel de Ville 2020.

Que se cache derrière la métropole du Grand Paris ? « C’est une dynamique urbaine, de population, qui a plusieurs dimensions. Elle est construite par des citoyens et des entreprises. Et il y a bien évidemment la mobilité, avec le projet de construire un métro à l’échelle du grand Paris, qui est porté par une société privée, la société du Grand Paris », présente David Monteau, Directeur de la direction de l’attractivité, du développement de l’économie et du numérique de la Métropole du Grand Paris.

Les grands besoins de la Métropole du Grand Paris à l’horizon 2030

L’APUR, Agence de Prospective sur Paris et la métropole du Grand Paris, a lancé un observatoire de suivi des jeunes entreprises de l’innovation dans la métropole du Grand Paris pour identifier les tendances et les croiser avec les besoins de la métropole en matière d’innovation.

Deux enjeux majeurs ont été identifiés par l’APUR : l’adaptation carbone climat tout d’abord avec la construction d’un observatoire de la ville durable et d’une « grammaire pour une ville neutre en carbone et résiliente » pour proposer des réponses à ces enjeux adaptés à chaque contexte territorial, et combiner différentes solutions pour aller vers le zéro carbone (géothermie, agriculture urbaine, outils favorisant l’autonomie dans des quartiers pavillonnaires, modèles de gestion des déchets adaptés à des contextes fonciers tendus...). Autres pistes de travail explorées : développer une ville plus sobre en partant de l’existant, notamment en favorisant les échanges entre les réseaux : « on a un vrai potentiel de progrès et une place pour l’innovation dans ce secteur. Avec le numérique on peut favoriser les échanges et les déplacements propres », souligne Dominique Alba, Directrice générale de l’APUR.Second enjeu : l’équipement « as a service ». « Aujourd'hui, nous avons un système en tension, nous devons passer d’un équipement qui rend un service à un système plus complexe. Nous devons identifier comment articuler les réseaux, comment équilibrer le numérique et l’humain, comment articuler plus d’ouverture et de sécurité… », poursuit Dominique Alba.

Des axes d’action émergent pour faire évoluer l’offre en équipement dans la métropole du Grand Paris :
- des équipements ouvrent en dehors des temps d’usage, par exemple des écoles, et offrent de nouveaux services. Aujourd'hui cela pose des questions d’organisation très pragmatiques et nécessite une adaptation des modes de fonctionnement, pour renforcer la modularité des équipements.
- une mise en réseau des équipements : « plusieurs territoires ont par exemple mis en réseau leurs piscines, cela permet d’augmenter l’offre sans construire de nouvelles infrastructures. En termes d’investissement c’est une forte optimisation, mais ça pose aussi des questions de tarifs et d’information auprès des citoyens. Du point de vue institutionnel, il faut aussi se mettre d’accord sur le mode de gestion et la répartition des compétences ».
- l'exploitation du potentiel de la data : recueillir des données pour construire les équipements et favoriser l’information et l’acculturation des utilisateurs et des fournisseurs de service. « Tout le monde a entendu parler des poubelles intelligentes, qui sont récoltées uniquement lorsqu’elles sont remplies. Mais on peut imaginer des applications pertinentes tout au long du chemin du déchet ; Je pense aussi au monde du stationnement, où la suppression de places en surface est compensée par l’existence de place en sous-sol. Mais encore faut-il le savoir ». 

Les axes de développement de la métropole du Grand Paris

Le développement de la métropole s’articule autour de trois grands axes : construire la ville, l’environnement et le développement économique.

Sur la construction urbaine, la métropole a d’abord un rôle d’aménageur sur des grands projets urbains (ZAC, équipements pour les JO), le financement de projets urbains émanant des communes et l’encouragement de l’innovation à travers des concours : « nous identifions des terrains à même de susciter des projets innovants, qui incluent les enjeux de durabilité. L’enjeu est de faire émerger des constructions innovantes et durables », précise David Monteau.

Pour l’axe environnemental, la métropole assure la maîtrise de la qualité de l’air, en portant par exemple un projet de zones à faible émission de CO2 à l’image de ce qui est fait à Paris, à l’intérieur du cercle formé par l’A86. Ses compétences portent également sur la nature en ville et la biodiversité, l’agriculture urbaine, la prévention du bruit et de la pollution sonore et la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations.  

Enfin, sur le développement économique, les compétences concernent la logistique urbaine, avec un axe fort sur la logistique fluviale, l’économie circulaire, le commerce de proximité, les services numériques aux habitants et aux usagers, enjeux d’accessibilité pour limiter la fracture numérique et l’action culturelle. « Construire une ville durable, c’est répondre aux grands défis climatiques et soutenir le développement économique, qui permet entre autres de créer des emplois pour les métropolitains ».

La métropole explore aujourd’hui des champs technologiques spécifiques : la récolte, gestion et analyse de données, les écotechnologies et les innovations liées à la logistique et la supply chain. Dans le cadre de tous ces enjeux, comment la métropole peut favoriser l’innovation en lien avec l’enjeu de ville durable ? « Avant tout, la métropole essaie d’embarquer des startups dans les projets métropolitains. On a besoin de réinventer la ville sur l’existant, donc impliquer des startups est très important. Nous pouvons aussi agir à travers l’achat public et, de manière connexe, l’expérimentation ».

Fluicity, un exemple de startup civitech qui relie décideurs publics et citoyens

 

La Ville de Paris a été l’une des premières villes à se lancer, sur l’axe du budget participatif. Mais dans le secteur des civitech, l’acculturation est inégale selon les collectivités locales. Seules 29 % des grandes villes de plus de 100 000 habitants s’en sont dotées, contre 69 à d’autres échelles.

Quelques raisons pour expliquer cette situation : les élus ont peur d’ouvrir une boîte de pandore, la méconnaissance du secteur des civitech est importante et les maires sont le plus souvent concentrés sur la réponse aux problématiques quotidiennes.  « Notre métier est à la fois d’engager les citoyens socialement, ensuite de modérer et d’animer les échanges, et enfin de restituer des données pour permettre aux collectivités de prendre des décisions en phase avec les attentes des citoyens. On a vu l’envie des citoyens de participer davantage à la construction de la cité. Et on considère que la participation citoyenne commence à l’échelle locale, notamment car ce sont les citoyens les plus intelligents sur les sujets locaux », analyse Julie de Pimodan, fondatrice de Fluicity, startup civitech qui rapprochent les collectivités locales et les citoyens (alumni de la plateforme d’innovation Ville Durable).  

Or, il y a de fortes attentes et des enjeux urgents de prise en compte de la participation citoyenne – gilets jaunes, marches pour le climat. « Pour survivre les collectivités vont devoir donner plus de moyens aux citoyens. L’agence de la cohésion du territoire a ouvert un pack accès au numérique. Toutes ces initiatives sont positives mais en réalité on a toujours du mal à ce que les collectivités locales s’approprient ces thématiques, alors même que l’on est dans un contexte de crise démocratique ». Quelques outils peuvent dores et déjà être mobilisés pour favoriser l’acculturation des édiles : d’abord, partager les expériences de conduite participative des politiques publiques en s’appuyant sur les meilleures expériences en la matière, ensuite mettre en place des incitations financières pour l’équipement civitech (réduction de taxes, subvention des métropoles pour aider les communes), une réadaptation des dispositifs légaux (aujourd'hui les référendums locaux sont quasiment impossibles à mettre en place, pas adapté du tout et la plupart des décisions sont prises dans des réunions publiques où ce sont les mêmes habitants qui participent), et enfin renforcer les liens entre les outils existants type Pass numériques et les outils proposés par les startups de la civitech.

 

En savoir plus sur le Hacking de l'Hôtel de Ville