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L’aide alimentaire en temps de crise sanitaire : un terrain d’innovation organisationnelle

Depuis bientôt un an, l’aide alimentaire traditionnelle est sous pression. La dégradation de la situation des ménages en difficulté, couplée à la précarisation de nouveaux pans de la société, entraîne des besoins en nourriture sans précédent. Parmi les populations les plus à risques figurent les étudiant.es, dont la dégradation des conditions de vie lors du premier confinement a été mise en lumière par une étude de l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE) publiée en septembre dernier. En plus des difficultés matérielles et psychologiques liées à la fermeture des universités, la crise sanitaire s’est accompagnée de difficultés financières pour 33% d’entre eux. En cause, principalement, la disparition d’une grande partie des emplois étudiants, qui n’ont pour certains pas repris à la rentrée scolaire 2020. Cela a grandement affecté leur situation alimentaire puisque L’OVE souligne « [qu’] un quart des étudiants dont les difficultés financières se sont aggravées pendant le confinement ont déclaré ne pas toujours manger à leur faim pour des raisons financières ». Avant la crise, ce n’était le cas "que" pour 6 % des étudiant.es.

Face à cette situation d’urgence, les dispositifs d’aides se multiplient pour compléter l’action des associations traditionnelles et la généralisation du dispositif des repas à 1€  dans les Crous des universités françaises. Ils sont portés par des acteurs diversifiés et prennent des formes qui le sont tout autant :

- Des mouvements citoyens associent l’aide alimentaire à une démarche de rupture de l’isolement, particulièrement fort pour les jeunes partis faire leurs études loin de leurs proches et privés de cours en présentiel 
- Des étudiant.es montent des associations pour les étudiant.es pour pallier certaines barrières à la fréquentation des dispositifs d’aides classiques 
- Enfin, des associations ou entreprises de l’économie sociale et solidaire ont diversifié leurs activités initiales pour venir en aide à ce public particulièrement touché par la crise.

[Pour plus de détails, voir l’encadré à la fin de l’article]

Toutes ces initiatives sont porteuses d’innovations, autant dans les services proposés que dans leur mode d’organisation. Elles dessinent donc les contours de nouvelles formes d’aides alimentaires que Smart Food Paris souhaite mettre en valeur. Exemple avec les distributions de colis alimentaires durables mises en place par Linkee depuis début octobre 2020 et son récent partenariat avec la Communauté Écotable.

Les distributions aux étudiant.es au cœur d’une réorganisation profonde de l’activité de Linkee

L’association Linkee, créée en 2016, lutte contre le gaspillage alimentaire tout en agissant en faveur de la solidarité. Initialement, elle récupérait de petites quantités de surplus alimentaires des acteurs de la restauration et de la grande distribution puis faisait le lien avec des associations, telles que les Restos du Cœur, Emmaüs ou le Secours Populaire, qui distribuaient ensuite les denrées aux personnes en situation de précarité. Lors du premier confinement, avec les fermetures imposées des restaurants et brasseries, Linkee a dû gérer des quantités bien plus importantes d’invendus. Elle a ainsi élargi son périmètre d’action en se tournant vers d’autres structures dédiées à des territoires délaissés ou des publics à la marge des aides existantes.

Puis, ces derniers mois, face à l’augmentation de la précarité d’une partie de la population, elle a adapté son fonctionnement pour apporter une aide d’urgence : « Nous avons opéré un véritable changement de modèle puisque nous réalisons désormais des distributions en direct dans des centres ouverts à cet effet. Nous distribuons ainsi, depuis le 1er octobre 2020, des colis de 5 à 7 kilos composés au maximum de fruits et légumes bio ou issus de l’agriculture vertueuse, de produits laitiers et secs ainsi que de plats cuisinés. Cela implique, pour compléter les invendus, d’acheter nous-mêmes des denrées chez des grossistes à Rungis grâce aux dons et subventions que nous recevons ». Pour cela, Linkee a aussi dû revoir sa logistique : « Notre modèle de départ consistait à acheminer les denrées à vélo cargo sur de courtes distances pour avoir une empreinte carbone minime. Lorsque les quantités sont devenues plus importantes, cette solution n’était plus suffisante et nous avons dû diversifier nos modes de livraison pour venir en aide au plus grand nombre, quitte à voir notre bilan carbone s’alourdir un peu ».

Linkee x La Communauté Écotable – Un cercle vertueux pour l’aide alimentaire

L’association peut s’appuyer sur des bénévoles et partenaires toujours plus nombreux. Depuis quelques semaines, elle mène notamment une opération avec la Communauté Écotable pour accompagner les nombreux étudiant.es ayant basculé dans la précarité. Leur objectif ? Distribuer 500 repas de qualité par semaine jusqu’à la fin de l’année universitaire. Des chef.fes membres de la Communauté Écotable cuisinent ainsi des plats individuels à réchauffer qui sont ensuite intégrés aux colis alimentaires distribués par Linkee.

 

Restaurer des pans de la société qui en ont besoin est devenu un axe d’action de la Communauté Écotable à la suite de la crise sanitaire et sociale que nous traversons. Elle s’était déjà mobilisée, lors du premier confinement, pour les soignant.es dont les cantines hospitalières étaient fermées. « Nous sommes une association qui fonctionne de façon très agile. Ainsi, dès qu’une situation peut être adressée par notre mobilisation, nous nous réunissons et nous réfléchissons à comment nous pourrions mettre les choses en œuvre. Dans le cas de l’opération pour les étudiants, c’est Linkee, membre de la communauté, qui a tiré la sonnette d’alarme. »

En mobilisant des chef.fes, la communauté Écotable et Linkee soutiennent un modèle alimentaire éco-responsable, accessible à tout.es et avec un impact positif sur l’environnement et la santé : « C’est un cercle vertueux dans lequel tout le monde s’y retrouve, d’une part les étudiants dans le besoin qui bénéficient de repas de qualité, d’autre part les restaurateurs désœuvrés et les producteurs dont l’activité est limitée par les conséquences de la crise sanitaire. »

Grâce aux fonds récoltés via une campagne de financement participatif sur Kiss Kiss Bank Bank, elles espèrent également financer un nouveau centre de distribution de repas en région, où les dispositifs peuvent se faire plus rares. Pour soutenir leur action, c’est >> par ici << !

 

 

Depuis la rentrée scolaire 2020, un certain nombre d’initiatives solidaires sont déployées ou renforcées pour proposer aide alimentaire mais aussi soutien matériel et moral aux étudiants français. En voici une sélection :

- Des associations historiques proposent des colis alimentaires et distributions dédiées aux étudiants, en lien notamment avec les collectivités et le CROUS. C’est notamment le cas du Secours Populaire, qui a lancé en janvier 2021 à Paris une épicerie solidaire étudiante.

- Des associations étudiantes qui existaient déjà avant la crise se sont également mobilisées. C’est le cas de la Fédération des Associations Générales Etudiantes (Fage) avec ses épiceries solidaires, les Agoraé, où les produits y sont vendus à 10% environ du prix du marché. Lancées en 2011, il en existe aujourd’hui 26 disséminées sur le territoire français. D’autres associations ont été créées au cours de l’année 2020 par les étudiants, pour les étudiants. À Paris, c’est notamment le cas de Co’p1 qui distribue gratuitement des invendus alimentaires et nourrit environ 300 étudiants par session. L’épicerie Sans Prix, qui redistribue elle aussi les invendus. Elle fonctionne sur un mode un peu différent des distributions classiques puisqu’elle dispose d’un local ouvert tous les jours, dans lequel les étudiants peuvent venir chercher les produits de leur choix.

- D’autres structures ont quant à elles développé une activité complémentaire pour proposer une aide aux étudiants. Citons le cas de la l’épicerie bio en ligne Aurore Market, qui propose à ses clients ou aux entreprises qui le souhaitent de financer des paniers de produits offerts aux étudiants qui en font la demande. Linkee et la Communauté Écotable ont pour leur part été amenées à transformer leur mode de fonctionnement pour proposer un nouveau service adapté à ce public spécifique.

- Enfin, des mouvements citoyens voient le jour, souvent lancés sur les réseaux sociaux, pour proposer une aide informelle aux étudiants. Le 1er mars dernier, Les Echos Start mettaient ainsi en lumière l’initiative 1 cabas pour 1 étudiant, initié par deux mères de famille lyonnaises, ainsi que le #partagerlerepas qui a essaimé sur Twitter. Il permet aux internautes qui le souhaitent (citoyens comme associations) de proposer des repas ou produits alimentaires aux étudiants partout en France.