Aller au contenu

Crise sanitaire : LES ENTRETIENS | Le regard de Swen Déral, co-fondateur de La Sauge

La série d'articles "LES ENTRETIENS" met en lumière la situation des acteurs du secteur alimentaire face à la crise sanitaire.

La Sauge – acronyme pour Société d’Agriculture Urbaine Généreuse et Engagée – est une association qui s’est donnée pour mission de promouvoir l’agriculture urbaine auprès du plus grand nombre. Implantée à Paris et Nantes, elle crée et anime des jardins participatifs, vend les plants potagers de ses pépinières et organise de nombreux événements visant à créer du lien social autour de la pratique du jardinage. À la suite de l’annonce du confinement, le collectif de la Sauge a dû interrompre une grande partie de son projet, ne pouvant plus accueillir le public sur ses différents lieux d’activités. Son Président, Swen Déral, nous a expliqué lors d’un entretien comment il a réussi à mettre en place des adaptations durables à cette crise puis il nous a partagé sa vision du monde d’après.   

Cette interview fait partie des 8 témoignages que nous avons recueillis dans le cadre de notre article consacré à l’impact de la crise sanitaire sur les acteurs de la chaîne alimentaire en Ile-de-France. Vous pouvez le retrouver >> ici <<.

Depuis l’annonce du confinement, quelles ont été les principales difficultés auxquelles vous avez été confronté et quelles actions avez-vous mises en place ?

L’un des enjeux forts de notre projet est de favoriser la pratique d’une activité agricole pour le plus grand nombre, nous organisons donc essentiellement des activités collectives, nous accueillons beaucoup de public sur les fermes et tout cela n’est évidemment plus possible pour l’instant. Toute la partie concernant l’accueil du public a ainsi été complètement interrompue, que ce soit au niveau de la ferme ou des animations organisées dans les jardins partagés. Ensuite, nous vendons habituellement beaucoup de plantes sur les foires et les salons, mais nous ne pouvons malheureusement plus développer cette activité car tous les événements sont annulés. C’est principalement cela qui nous pénalise aujourd’hui. De fait, la seule activité que nous maintenons dans le projet est la pépinière, c’est à dire la production de plantes aromatiques et potagères, comme par exemple des plants de fraises, tomates, verveine ou basilic, que nous vendons aux particuliers et professionnels.

Cette crise nous a un peu bousculés sur l’organisation du travail. Nous commençons seulement à bien nous réorganiser, à trouver d’autres débouchés pour nos ventes. Je pense que cela a été pareil pour tout le monde, mais il y a vraiment eu les quinze derniers jours de mars où plus personne ne voulait distribuer, il y a eu toute une psychose, des livraisons possibles, d’autres non, enfin bref, je pense que nous sommes tous passés par là. Et, depuis début avril, les choses se réorganisent différemment, il y a des magasins spécialisés qui nous passent des commandes ou des associations qui livrent des produits frais comme La Ruche qui dit Oui!

Faites-vous également de la vente en ligne ?

Oui, nous avons justement organisé une opération de grande vente de plantes en ligne où les gens ont pu pré-commander nos plantes sur le site de La Sauge puis nous avons assuré la livraison en interne.

Est-ce la première fois que vous réalisez cette opération ?

Exactement. Toutefois, cela faisait un petit moment que nous souhaitions faire de la vente en ligne, de la même façon que l’on se disait que nous allions travailler davantage avec des magasins spécialisés. Nous pouvons dire que le côté positif de la crise c’est que cela nous a obligés à accélérer nos recherches de débouchés, et nous espérons que ce que nous mettons en place aujourd’hui durera après la crise, que nous continuerons de travailler avec ces nouveaux points de vente et que le système de pré-achat avec une livraison tous les 15 jours sera possible et ancré dans le long terme. 

Avez-vous mis en place la même opération de grande vente de plantes en ligne dans les deux villes où vous êtes présents (Paris et Nantes) ?

Oui, nous l’avons mise en place dans les deux villes mais nous avons également développé un autre projet à Nantes. Nous produisons des micro-pousses que nous vendons habituellement à des chefs et, aujourd’hui, comme cette activité est impactée par la crise, nous avons choisi de nous tourner vers d’autres acteurs en circuit court pour continuer à vendre les micro-pousses. Ainsi, que ce soit pour les plants potagers ou les micro-pousses, nous nous sommes adaptés en réagençant nos circuits de distribution, et pour l’instant cela fonctionne, fort heureusement car je ne sais pas ce que cela aurait été autrement. Finalement nous sommes parvenus à trouver une autre forme d’équilibre. Et, concernant l’animation de notre communauté, nous mettons en place différentes actions sur nos réseaux sociaux pour essayer de maintenir le lien. 

D’autres initiatives ont-elles particulièrement retenu votre attention dans votre réseau ?

Oui, j’en ai deux en tête. La première c’est Ecotable. Je fais partie du collectif et nous avons lancé la confection de repas pour le personnel soignant. C’est très chouette, cela s’est mis en place très vite, avec une belle campagne de crowdfunding relayée sur les réseaux sociaux. La deuxième initiative c’est Veni Verdi, une association d’agriculture urbaine un peu comme la nôtre, qui travaille principalement avec les établissements scolaires. Face à la crise, elle propose de lancer une grande collecte pour soutenir les pépiniéristes et agriculteurs en Île-de-France qui souffrent énormément car les commandes de plantes ont drastiquement chuté. 

Quelle est votre vision de l’après crise ?

Avec Veni Verdi, nous réfléchissons justement à ce que nous pourrions faire pour développer l’agriculture de proximité. Nous sommes tous des acteurs très convaincus de la nécessité de faire bouger les lignes dans ce secteur depuis très longtemps, enfin suffisamment longtemps pour avoir déjà essayé de mettre en place des choses avant la crise. Finalement, ce que je trouve intéressant dans cette période c’est que cela nous oblige à requestionner notre quotidien, nos habitudes… Par exemple, nous l’entendons régulièrement à la radio en ce moment, il y a ceux qui ne faisaient jamais de sport et qui d’un seul coup avec le confinement se sont mis à faire du jogging tous les jours, mais je trouve cela très bien ! De même, dans mon entourage, les gens me disent qu’ils n’ont jamais autant pris soin d’eux que durant cette période de confinement, ce qui est bien car cela oblige à des réflexions intérieures, à requestionner ses habitudes, c’est super. J’espère vraiment que cela permettra d’ouvrir une fenêtre de dialogue et de réflexion sur l’agroécologie et sur l’après, c’est à dire la transition écologique. Ensuite, dire comment va être l’après crise sanitaire, c’est compliqué… Je n’ai pas vraiment réfléchi à la question car elle est toute récente et je pense que cela va aussi dépendre de l’ampleur de la crise. Si cela s’arrête très vite les gens vont rapidement reprendre leurs habitudes… Selon moi, la crise aura plutôt un impact sur une frange de la population qui était déjà sur la voie du changement. Ces personnes prendront peut-être des décisions plus rapidement que si cela avait été autrement. Mais voilà, je ne sais pas vraiment jusqu’à quel point cette crise va remettre en question le système actuel.

 

Découvrez toutes les solutions et offres spécifiques mises en place face à la crise sanitaire 
par les startups incubées au sein des différentes plateformes de Paris&Co en téléchargeant le catalogue ici.