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Crise sanitaire : LES ENTRETIENS | Le regard de Jonathan Chelet, co-fondateur de la plateforme petitscommerces

La série d'article  "LES ENTRETIENS" met en lumière la situation des acteurs du secteur alimentaire face à la crise sanitaire.

Depuis 2017, la plateforme petitscommerces.fr met en valeur les commerçants indépendants à travers la France, en les accompagnant notamment sur leur visibilité numérique. A la suite de l’annonce du confinement et alors que de nombreux commerces « non essentiels » ont dû fermer leurs portes, l’entreprise a lancé le site soutien-commercants-artisans qui permet à tout un chacun d’acheter des bons d’achats à utiliser, une fois la crise terminée, auprès de ses commerçants et artisans préférés. Avec Jonathan Chelet, le co-fondateur de ce projet, nous avons échangé sur l’impact de la crise sanitaire sur les petits commerces indépendants.

Cette interview fait partie des 8 témoignages que nous avons recueillis dans notre article consacré à l’impact de la crise sanitaire sur les acteurs de la chaîne alimentaire en Ile-de-France. Vous pouvez le retrouver >> ici <<.

Comment avez-vous réagi à la suite des annonces concernant les commerces au milieu du mois de mars ? 

Avec Petitscommerces, nous travaillons avec plusieurs centaines de commerçants dans toute la France. La majorité sont des commerces de bouche, qui sont restés ouverts après l’annonce du confinement car ce sont des commerces considérés comme essentiels, mais tous les autres ont fermé. La première chose que l’on a faite, ça a été de mettre à jour notre site. Nous avons actualisé les fiches des commerçants, en leur offrant la possibilité de modifier leurs horaires mais aussi d’ajouter les dispositions particulières mises en place pour respecter les règles sanitaires. Nous les avons aussi aidés techniquement, car au tout début ils ne savaient pas forcément comment accueillir les clients dans de bonnes conditions. Nous avons paré à l’urgence et publié un guide pratique qui leur était destiné, en proposant des solutions pour aménager par exemple la boutique de manière à faire respecter la distanciation sociale.

Puis, à la fin de la première semaine, nous nous sommes dit qu’il faudrait quoi qu’il arrive proposer des solutions qui s’inscrivent dans l’après-confinement. Bien sûr, des solutions de e-commerce existent, mais la plupart des commerçants indépendants n’ont pas l’habitude d’y avoir recours et, de plus, La Poste ne fonctionne pas à son maximum. D’ailleurs les consommateurs n’ont pas non plus forcément envie d’aller dans une boutique récupérer des colis au vu de la période. Comme nous faisons beaucoup de veille dans le cadre de notre blog, nous avons vu qu’aux Etats-Unis et en Suisse, des sites se lançaient pour proposer des bons d’achats à utiliser après le confinement. Nous avions déjà eu l’idée, depuis le lancement de petitscommerces.fr, de proposer des cartes cadeaux ou de fidélité et nous nous sommes dit que c’était définitivement le moment de mettre cette idée en œuvre. Le 23 mars, notre site est sorti : il permet d’acheter des bons d’achats de 20 à 50€ auprès des commerces fermés, y compris au sein de commerces de bouche qui n’ont plus assez de clients ou qui ont fait le choix de fermer pour des raisons de santé ou parce que leurs employés ne pouvaient plus venir. Nous sommes vraiment dans une optique de soutien : nous ne prenons pas de commission sur le service et nous avons négocié pour faire baisser les frais bancaires liés aux transactions de 4 à 1%. Depuis notre lancement, nous avons eu 8 000 inscriptions de commerçants et 2,5 millions d’euros de bons d’achats collectés ! Les résultats ont été exponentiels.

Avez-vous remarqué des profils nouveaux d’utilisateurs sur le site soutien-commercants-artisans.fr, du côté des commerçants comme des consommateurs ? 

Les commerçants, on les connaît très bien, ce sont nos clients depuis le départ et c’est eux que nous cherchons à accompagner et encourager avant tout. C’est aussi pour ça que nous prenons en charge la majeure partie de la mise en ligne de leur profil, car nombre d’entre eux ne connaissent pas les outils numériques. Notre système est très simple et permet aussi de leur proposer une formation progressive aux outils digitaux et aux réseaux sociaux.  

Du point de vue des consommateurs, nous n’avons pas accès à des données sur leur catégorie socioprofessionnelle ou leur âge. C’est aussi notre vision du numérique, nous ne souhaitons pas en faire un outil d’exploitation de la data. Ce que l’on voit en revanche, c’est que l’on a des gens qui viennent de toute la France et qui ont des pratiques d’achat extrêmement diversifiées. On percevait déjà ça sur petitscommerces.fr, mais on voit que ça prend de l’ampleur. Et, ce qui est super, c’est que c’est la première fois que nous sommes en relation directe avec eux, car d’habitude nous travaillons avec les commerçants uniquement. Cela peut être intéressant pour la suite, car ceux qui soutiennent le commerce de proximité aujourd’hui pourront peut-être continuer à le soutenir plus tard. 

Et comment analysez-vous la situation particulière des commerces alimentaires à Paris ? 

Sur le commerce de proximité, Paris est un monde à part. L’approvisionnement est parfois compliqué ailleurs en France, mais je n’ai pas l’impression que ce soit le cas à Paris. La plupart des commerçants ont adapté leur activité et ont communiqué à ce sujet : ils ferment plus tôt et certains ont fait des aménagements conséquents dans leurs boutiques, comme par exemple l’installation de vitres de protection. Il y a aussi des systèmes de click and collect qui se sont mis en place et qui fonctionnent bien.

Ce qui est très intéressant aujourd’hui, c’est qu’aller faire ses courses près de chez soi, c’est pratiquement la seule sortie possible et ça devient presque un plaisir, associé aussi à celui de cuisiner plus. Les gens achètent davantage : en général, les commerçants avec qui j’ai échangé m’ont indiqué réaliser un panier moyen 30% plus élevé. Et je le constate par moi-même, quand je sors, je me fais plaisir, je discute avec les commerçants ; on réalise la chance qu’on a d’avoir plein de commerces de bouche à portée de mains. Je pense que ça va avoir un impact positif à long terme. Il n’y aura pas de changement du jour au lendemain, mais plutôt l’idée que chacun améliore sa consommation petit à petit. 

Finalement, comment envisagez-vous l’après crise sanitaire pour les petits commerçants et leurs clients ? 

Lorsque nous avons lancé Petitscommerces, nous l’avons fait car nous étions passionnés par le commerce de proximité. Nous avons avant tout voulu proposer une solution qui soit adaptée aux commerçants indépendants et leur permette de passer le cap du numérique. Aujourd’hui, ils se rendent compte que c’est un outil indispensable et demain ils voudront être encore plus visibles, mais pas n’importe comment et avec n’importe qui. Ils travailleront avec des structures qui mettent en avant leurs valeurs et qui les défendent. Donc du côté des commerçants, le numérique va sûrement se développer.

Chez les consommateurs, c’est peut-être plutôt l’inverse qui va se développer, avec un retour à l’humain dans l’échange commercial. Je pense qu’il y aura vraiment les deux extrêmes. D’un côté des systèmes de livraison ultra-digitalisés, avec des livraisons par drones etc. et de l’autre, la valorisation de moments privilégiés avec ses commerçants de proximité. D’ailleurs, ces deux pratiques ne sont pas incompatibles. Mais de notre côté, nous allons plutôt travailler sur la deuxième tendance ! En France, nous avons la chance d’avoir de nombreux commerces de proximité, des gens viennent du monde entier pour voir nos centres villes uniques et cette authenticité, cette qualité, ce côté humain vont être amenés à grandir de plus en plus. Nous continuerons en tout cas à les défendre.  

 

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