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Crise sanitaire : LES ENTRETIENS | Le regard de Gérard Hébert, Président d’Île-de-France Terre de saveurs

La série d'articles "LES ENTRETIENS" met en lumière la situation des acteurs du secteur alimentaire face à la crise sanitaire. Le premier à être mis à l'honneur est Gérard Hébert, Conseiller Régional et Président d’Île-de-France Terre de Saveurs.

Île-de-France Terre de Saveurs, partenaire institutionnel de Smart Food Paris, est un organisme associé à la Région Île-de-France, dont la mission est d’accompagner et valoriser les entreprises franciliennes des secteurs agricole et alimentaire. Face à la situation de crise sanitaire, Île-de-France Terre de saveurs a mis en place différents dispositifs pour soutenir les producteurs, agriculteurs et artisans de la région. Son Président Gérard Hébert nous a partagé son regard sur le sujet.

Cette interview fait partie des 8 témoignages recueillis pour la rédaction de notre article consacré à l'impact de la crise sanitaire sur les acteurs de la chaîne alimentaire en Île-de-France. Vous pouvez le retrouver >> ici <<

Quelle est la ou les principale(s) difficulté(s) rencontrée(s) par les producteurs, artisans, transformateurs ou commerçants que vous accompagnez ou avec qui vous travaillez ? Quelles actions ont-ils mises en œuvre pour faire face à ces difficultés ?

Les difficultés évoluent au fil des semaines de confinement et sont souvent différentes d’une entreprise à l’autre. Dans un premier temps, les besoins de main d’œuvre ont été la priorité, notamment pour les producteurs ; ensuite les canaux de distribution ont généré beaucoup d’inquiétude, en particulier l’interdiction des marchés ouverts, les restrictions en matière d’exportation ou la fermeture des restaurants et cafés. Sur ce plan, les initiatives ont été nombreuses, par exemple la mutualisation de certains points de vente, en particulier à la ferme ou la livraison à domicile de paniers. Le mois d’avril, ainsi que les mois suivants s’annoncent très difficiles sur le plan financier pour nos entreprises et leurs salariés. Ils doivent bénéficier d’un large soutien ; à l’image du plan d’urgence mis en place par la Région Île-de-France.

Y a-t-il des initiatives qui ont particulièrement retenu votre attention ? Quelles sont leurs particularités ? 

En cette période de crise sanitaire sans précédent, ce qui m’a le plus frappé est l’élan de solidarité et la capacité de réactivité et de résistance de l’ensemble des acteurs de ce secteur. Spontanément, certains entrent en contact avec leurs voisins pour partager un drive, un camion pour les livraisons et continuer coûte que coûte leur activité. La Région Île-de-France a ouvert sa plateforme de commande de masques et de gels aux petites entreprises, ce qui répond également de façon très pragmatique à leurs urgences du moment.

Comment accompagnez-vous les entreprises face à la crise sanitaire ? Avez-vous rencontré des difficultés pour mettre en place cet accompagnement ? 

Nous avons, dès la première semaine de confinement, mis en place une rubrique « spéciale covid-19 » sur notre site internet iledefrance-terredesaveurs.fr qui recense toutes les informations pratiques qui pourraient être utiles aux acteurs de ce secteur. La rubrique est remise à jour très régulièrement. Nous avons par ailleurs lancé une carte permettant aux consommateurs de savoir quels sont les adhérents à notre marque « produit en Île-de-France » qui restent ouverts malgré le confinement. La semaine dernière nous leur avons adressés la première « lettre solidaire » qui met en contact les besoins des uns et les solutions des autres.

Avez-vous noté des évolutions dans les relations entre les différents acteurs de la chaîne d’approvisionnement ? Si oui, lesquelles ?

La crise sanitaire a permis de révéler des valeurs humaines, comme ce que j’évoquais tout à l’heure, la solidarité, la générosité. Elle a permis de tirer des enseignements pour certains acteurs, par exemple le risque d’avoir un canal de distribution exclusif. Elle a permis aussi, me semble-t-il, de retrouver une boussole sur les métiers essentiels, notamment ceux qui permettent aux Franciliens de se nourrir, et je l’espère, par voie de conséquence, un vrai respect et une vraie reconnaissance à leur égard.

De nouveaux acteurs ont-ils émergé dans ce contexte ? Par exemple des associations, acteurs publics locaux, regroupement de producteurs… ? 

Le premier acteur qui me semble avoir émergé dans cette crise, et de façon forte et définitive, est Internet. Quelle que soit la solution improvisée par les uns et les autres, rien ne serait possible sans les réseaux sociaux, les plateformes digitales et tous les outils que l’on connaissait déjà, mais qui sont devenus centraux avec cette épidémie mondiale. Ensuite, évidemment, en France on voit bien le rôle incontournable des collectivités locales, au premier rang desquelles, les mairies apparaissent comme le recours immédiat des administrés. Les Régions ont également fait la démonstration de leur capacité à mettre en place des solutions pratiques et efficaces très rapidement, en particulier la Région Île-de-France.

Quelle est votre vision de l'après crise sanitaire pour les acteurs de l’agroalimentaire francilien ?

Nous avons lancé avec la Région Île-de-France une marque régionale « Produit en Île-de-France » qui est présente aujourd’hui sur plus de 1 600 produits. Clairement, l’engouement pour les produits locaux n’est pas récent, mais il semble que cette crise sanitaire l’ait définitivement ancré dans les esprits. Il y a eu une prise de conscience réelle des Franciliens de la diversité des produits agricoles régionaux, mais aussi des vertus évidentes de la consommation de produits locaux vis-à-vis de l’environnement et du maintien des emplois dans la région. La baisse de pouvoir d’achat due au confinement doit être à mon sens accompagnée, afin d’éviter de casser la dynamique que l’on ressent pour les produits régionaux. Si l’élan de solidarité et de responsabilité reste suffisamment présent après la crise, on devrait pouvoir infléchir durablement les habitudes de consommations insensées que nous avons tous adoptées depuis des décennies.