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Crise sanitaire : LES ENTRETIENS | Le regard de Adeline Rorato, Directrice de Val Bio Centre

La série d'articles "LES ENTRETIENS" met en lumière la situation des acteurs du secteur alimentaire face à la crise sanitaire.

Val Bio Centre est une association regroupant des producteurs de la région Centre-Val de Loire. Elle distribue des paniers de fruits et légumes directement aux consommateurs. Entre explosion de la vente directe et difficulté à recruter de la main d'oeuvre, les dernières semaines ont été pleines de défis pour les maraîchers. De nombreux réseaux de distribution ont émergé, épaulés par les collectivités qui ont proposé de nouveaux débouchés aux producteurs. Sur les recommandations de Val Bio Centre Logistique (anciennement Val Bio Île-de-France), lauréat de l'appel à projet de l'Arc de l'Innovation, nous avons échangé avec Adeline Rorato, directrice de Val Bio Centre

Cette interview fait partie des 8 témoignages recueillis pour la rédaction de notre article consacré à l'impact de la crise sanitaire sur les acteurs de la chaîne alimentaire en Île-de-France. Vous pouvez le retrouver >> ici <<

Depuis l'annonce du confinement, quelles ont été les principales difficultés auxquelles vous avez été confrontés, vous et vos producteurs? Comment y avez-vous fait face?

Nous vendons nos produits sous forme de paniers - environ 190 000 paniers par an répartis sur 350 points de dépôt - et la principale difficulté est que la majorité de nos points relais a fermé, car ce n'étaient pas forcément des épiceries alimentaires. Nous avons été obligés d'arrêter la livraison des paniers. A notre échelle, ce n'était pas possible de continuer car cela demandait trop de réorganisation. Aujourd'hui c'est un petit peu différent, car les mairies s'organisent et sont en train de mettre en place la diffusion de produits frais en paniers, avec derrière toute une logistique. Nous diffusons donc essentiellement en demi-gros les productions de nos producteurs de cette manière, d’une part dans toutes les épiceries de nos points de dépôt partenaires qui sont encore ouverts et d’autre part via les nombreuses entités (mairies, AMAP…) qui nous ont contactés pour livrer nos produits.

Chez nos producteurs, la peur c'était aussi de ne pas savoir ce qu'ils allaient faire des productions planifiées, car nous prévoyons six mois à l'avance ce que nous allons commander aux producteurs. Finalement, il n'y a pas eu trop de soucis pour écouler la production car la vente directe a explosé. Chacun de nos producteurs vend les produits sur sa ferme et, en parallèle, se sont développés ces partenariats dont je vous parlais avec différentes entités. Le problème auquel ils font face c'est plutôt le manque de main d'oeuvre pour la récolte. Il y a des personnes qui ne veulent plus travailler dans les exploitations parce qu'elles ont peur et toute la main d'oeuvre issue des pays frontaliers qui devait arriver pour la saison n'est finalement pas venue, donc il y a un sacré manque de main d'oeuvre dans les exploitations. 

La plateforme "Des bras pour ton assiette" mise en place par Pôle Emploi et l'Anefa pour aider les exploitations impactées par le manque de main d'oeuvre est-elle utilisée par vos producteurs?

Cette plateforme aide certainement les gros faiseurs, mais je ne suis pas sure qu'elle soit très utilisée par les petits producteurs, car cette crise a été tellement violente et est arrivée tellement vite qu'ils se sont vite retrouvés démunis, avec beaucoup de choses à faire, notamment les productions de printemps. Par ailleurs, l'accès aux plateformes numériques est inégal. Il y a de gros producteurs qui sont familiarisés avec tous ces outils digitaux, car ils les ont intégrés dans leur travail au quotidien, mais il y a aussi de nombreux moyens et petits producteurs - surtout en maraîchage - avec 3 ou 5 hectares, qui n'ont pas l'habitude de recourir au digital...

Vous me disiez que vos producteurs ont pu écouler une partie de leur production via la vente en direct à la ferme; est-ce un circuit de vente nouveau, qu'ils ont mis en place face à la crise, ou cela existait-il avant?

La majorité de nos producteurs ont plusieurs circuits de commercialisation et vendaient déjà en direct ou du moins dans les marchés. Ceux qui ne le faisaient pas ont été contraints de le faire face à la demande très importante dans leur environnement. C'est vrai qu'il y a beaucoup d'initiatives qui ont été mises en place par les producteurs. Les quinze premiers jours ont été très difficiles mais aujourd'hui il y a tout un réseau qui est en train de se mobiliser et de s'organiser pour que les producteurs parviennent à écouler tous leurs produits. 

De votre côté, comment gérez vous la question des abonnements ?

Comme nous avons arrêté la livraison des paniers, les clients résilient leur abonnement le temps du confinement. Mais il y a quand même une certaine solidarité qui s'est mise en place vis-à-vis des producteurs et des employés en insertion - car nous travaillons avec deux chantiers d'insertion. Il y en a beaucoup qui reportent leurs paniers au mois prochain. Pour autant il ne faut pas que le confinement dure trop longtemps, car le report d'un panier n'est pas extensible : nous ne pourrons pas livrer aux clients 4 ou 5 paniers d'un seul coup, car cela leur ferait beaucoup trop de fruits et légumes !

Nous aurons peut-être de mauvaises surprises à la sortie du confinement, puisqu'il y a quand même des clients qui résilient et achètent ailleurs leurs fruits et légumes, car ils ne peuvent pas garder un abonnement de paniers qu'ils ne reçoivent pas. Je pense que la plupart reprendront leur abonnement après la crise mais la remise en route ne sera pas simple pour nous, notamment au niveau financier. Heureusement que nous avons aujourd'hui cette vente en demi-gros qui s'est organisée, car cela va nous permettre de nous dégager un peu de trésorerie, mais tout de même, je pense que l'on va souffrir un peu d'ici quelques mois... 

Et avez-vous remarqué une évolution du côté des consommateurs concernant l'achat de produits frais et locaux? 

Clairement oui. Il y a une explosion de la demande en direct que l'on ne peut pas réfuter. J'espère que cela continuera après la crise, que cela va ouvrir les yeux aux consommateurs et qu'ils vont s'apercevoir que c'est bien mieux d'acheter des produits fraîchement récoltés par des petits maraîchers d'à côté, même s'ils doivent payer quelques centimes de plus le kilo. Mais je suis confiante, je pense que les consommateurs vont se rendre compte que la qualité est quand même différente de celle que l'on peut trouver dans les supermarchés.

Quelle est justement votre vision de l'après-crise pour vous et vos producteurs? 

Nous avons du mal à nous projeter sur l'avenir. Dans un sens, comme nous sommes des acteurs du secteur alimentaire, je pense que nous ne serons pas les plus mal lotis mais nous sommes tout de même inquiets car nous n'avons aucune visibilité sur ce qui peut se passer; nous ne savons pas comment vont réagir les consommateurs, ni quelles mesures vont réellement être mises en place par le gouvernement... Nous serons obligés de faire avec et je pense que si tout le monde se serre les coudes cela va bien se passer, mais il faut avouer que l'on va quand même vers l'inconnu, c'est une situation totalement inédite dans laquelle tous les acteurs sont inquiets quant à l'avenir.

 

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