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[#DroitsdesFemmes] "Ma manière de m’investir pour le droit des femmes est de lutter au quotidien contre cet embourbement culturel"

08.03.2017

A l'occasion de la 42ème journée internationale de défense des droits des femmes, le 8 mars 2017, Paris&Co a été à la rencontre d'Albane Godard, directrice de l’Urban Lab de Paris&Co et l’a interrogé sur son métier et sa place en tant que femme dans le monde de l’entreprise.

  • Paris&Co Albane, peux-tu te présenter rapidement ?
    Trentenaire décomplexée, passionnée de liberté, européenne convaincue, vélorutionnaire militante, grimpeuse butée, éternelle insatisfaite (mais je me soigne), dotée de deux chromosomes X que je ne considère pas comme un handicap.

 

  • Sur le plan professionnel, peux-tu nous expliquer ton métier et tes missions principales ?
    Je suis directrice de l’Urban Lab de Paris&Co. Mon objectif est de faire tourner et de développer l’activité d’expérimentation urbaine en m’appuyant sur mon équipe.
    L’expérimentation est le test en conditions réelles d’un dispositif innovant, déjà conçu mais non commercialisé. Elle représente une phase-clef du processus de conception et d’innovation car elle permet de mesurer l’appropriation du dispositif par les usagers, de l’améliorer et de le valider avant commercialisation. Notre spécificité est d’accompagner cette phase complexe dans l’espace urbain, public ou privé. L’Urban Lab joue ainsi un rôle de facilitateur, à l’interface entre des porteurs de projet innovants et une collectivité urbaine en mouvement.
    Au quotidien, mes activités se partagent entre management, suivi de nos programmes d’expérimentations, développement des activités (nouveaux modes de déploiement, nouveaux partenariats, nouvelles approches…), professionnalisation de nos métiers et de nos processus, extension de notre réseau. J’équilibre mes journées entre la gestion et le travail de fond dans nos bureaux, le suivi sur le terrain des projets que nous accompagnons et les nombreux échanges avec nos partenaires publics ou privés.

 

  • Certains domaines sont principalement composés d’hommes, notamment l’ingénierie, où tu as exercé auparavant. Quel est ton ressenti sur cette expérience en tant que femme dans ce secteur ?
    Mon expérience dans l’ingénierie fut très enrichissante car on m’y a fait confiance et on m’y a donné l’opportunité de développer de multiples compétences que j’exploite au quotidien aujourd’hui. Une expérience positive ne rend cependant pas aveugle (ou sourde) !
    Les 18 % de femmes que comptait l’entreprise à mon arrivée était la norme pour moi, ayant effectué mes études et le début de ma carrière dans des milieux traditionnellement masculins au sein desquels je me sens à l’aise (école d’ingénieur, structure d’expertise technique…). Ce réflexe est déjà un problème. Quelques données factuelles (loin d’être propres à ce secteur) lui donnent une autre ampleur : sexisme ordinaire quotidien (à tous les niveaux), difficulté des femmes à se hisser dans la hiérarchie malgré leur talent et leur capacité de travail, écarts de salaire à poste équivalent, congés paternité vu comme une anomalie, modèle féminin absent ou invisible… Que certaines femmes ne se sentent pas à leur place dans cet environnement n’est pas étonnant.
    Mon ancienne entreprise avait établi les mêmes constats et mis en place une politique volontariste basée sur des actions très concrètes pour les contrecarrer (mentorat spécifique pour les talents féminins, sensibilisation des managers…). Je reste persuadée qu’on peut faire encore mieux et que cela serait positif à la fois pour les femmes et pour les hommes.

 

  • Le secteur de l’innovation n’échappe pas à cette règle et le pourcentage de femmes dans les domaines de l’innovation et des start-up reste très faible aujourd’hui. Quels sont selon toi les « avantages » et les « inconvénients » d’être une femme dans ton métier actuel ?
    Au niveau de l’individu, aucun avantage, aucun inconvénient. Ce qui est une force avec un interlocuteur peut devenir une faiblesse avec un autre.
    Ce raisonnement change au niveau de l’équipe. Mon expérience (en France et à l’étranger) m’a persuadée qu’une des forces d’une équipe vient de sa diversité et notamment de sa capacité à attirer des talents masculins et féminins. Genre, couleur de peau, origine socio-culturelle (entre autres) influencent nos expériences de vie et nous donne des visions différentes du monde qui nous entoure. Qui dit innovation dit création, dit disruption, dit compréhension de ses erreurs et de ses imperfections ; comment peut-on faire tout cela entre cerveaux qui se ressemblent ?
    La question qui m’intéresse cependant plus est celle-ci : « pourquoi les femmes ne sont-elles pas plus présente dans le domaine de l’innovation ? » Leur a-t-on fait croire pendant trop longtemps qu’elles ne pouvaient pas entreprendre, que prendre des risques n’étaient pas pour elle, que défendre leur idée bec et ongles n’en valait pas la peine ?

 

  • Chez Paris&Co, 66 % de l’effectif est composé de femmes, et la direction est assurée à la fois par une femme et un homme, chose plutôt rare dans le monde entrepreneurial actuel. Que penses-tu globalement de la situation des femmes dans les entreprises aujourd’hui ?
    Paris&Co n’est pas du tout représentatif ! Mais il montre une évolution importante de la société en prenant carrément à contre-pied les ratios classiques. Globalement, les écarts (de traitement, de prise de responsabilité, de salaire, de gestion des tâches à la maison, de représentativité dans les organes de décisions…) sont cependant encore trop massifs et en trop grande contradiction avec les résultats, en moyenne plus élevés, des femmes en fin d’études. Ils nous interrogent sur nos organisations et leur capacité à attirer et faire s’épanouir les meilleurs talents et me font douter que nous ayons, aujourd’hui, le système le plus efficient.

 

  • Es-tu investie à titre personnel dans des initiatives pour la défense des droits de la femme ? Si oui, de quelles manières ?
    La valeur principale qui sous-tend mon engagement est la liberté de choisir. La définition que j’en fais s’exprime par la négative : il s’agit de s’assurer que les autres (la société, les parents, les informations dont on nous abreuve,…) ne choisissent pas à notre place. Notre histoire ancienne et contemporaine nous montre que les femmes ont été et sont toujours moins bien loties, notamment quant à l’image que la société lui renvoie d’elle-même : forcément plus faible, forcément moins intelligente, forcément à la maison, forcément plus timide, forcément moins scientifique… Ma manière de m’investir est de lutter, au quotidien, contre cet embourbement culturel.
    Je crois beaucoup aux actions répétitives et locales, que je peux mettre en œuvre à mon échelle et qui m’empêchent de me dire « oui mais c’est comme ça, je ne peux rien y faire ». Cela implique une certaine intransigeance face aux blagues sexistes au bureau, face aux personnes qui me disent « ce n’est pas pour moi, je suis une femme / je suis un homme », face au gaillard qui traite sa femme comme un chien dans la rue…