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Fabriquer en ville, un changement de paradigme

#Expérimentation #Évènement

Fabriquer en ville, un changement de paradigme

Remise en cause de la globalisation, relocalisation pour produire plus juste... Le workshop "Fabriquer en ville, un changement de paradigme" qui réunissait autour de la table, dans le cadre du Hacking de l'Hôtel de Ville, l'adjoint à la maire de Paris, Jean-Louis Missika, Usine IO et Kickmaker, a questionné l'apparition de cette nouvelle industrie urbaine, décarbonée, durable, locale et sans nuisances.

 

Le workshop « Fabriquer en Ville, un changement de paradigme » réunissait : Jean-Louis Missika, adjoint à l’architecture, l’urbanisme, projets du Grand Paris, développement économique et attractivité, Benjamin Carlu, co-Fondateur d’Usine IO et Alysée Flaut, responsable Communication chez Kickmaker. La rencontre était animée par Albane Godard, directrice de l’Urban Lab chez Paris&Co.

 

Une nouvelle révolution industrielle est à l’œuvre. Économie décarbonée, durabilité ou encore relocalisation des activités sont les maîtres-mots d’un nouveau paradigme qui fait l’objet de nombreux projets collectifs et prises de conscience. La Ville de Paris y faisait écho en 2016 avec le plan « Fabriquer à Paris » et a inauguré cette année avec BPI France le PIA Fabrication afin d’encourager les activités et production et de fabrication en ville et d’accompagner l’émergence de filières de fabrication innovantes. Le 21 mars 2019 au Hacking de l’Hôtel de Ville, startups, grands groupes, institutionnels, élus, investisseurs français et étrangers étaient invités à découvrir les témoignages des acteurs de cette transformation et à en prendre avec eux la route.

 

Du XVIIIe siècle jusque dans les années 1950, Paris est une ville d’industrie où l’on fabrique et où l’on produit. Ateliers et usines y peuplent le paysage urbain. Plus rapidement encore que la désindustrialisation de globale de la France, cette activité de production s’est drastiquement réduite depuis et l’activité productive a été reléguée en périphérie. Jean-Louis Missika retrace par un détour historique l’évolution des pratiques et des mentalités à l’égard de l’industrialisation. Le modèle qui selon lui s’est imposé depuis trente ans est celui d’une entreprise démembrée, où la conception a lieu sur le territoire européen mais où le reste part vers des pays à faible coût de main d’œuvre. Ce modèle est aujourd’hui remis en cause. Sujet d’actualité, la montée en puissance de la Chine cristallise un certain nombre de craintes portant notamment sur la délocalisation de la conception, de la réalisation des produits, voire de la propriété intellectuelle. La contestation est par ailleurs à connotation environnementale. Les idées de circuit court, de réemploi, de durabilité commencent à prendre le pas sur les anciens modèles. De plus, les startups montrent qu’il est difficile, dans la construction de produit à haute intensité numérique, de séparer la conception de la production.

« Le nouveau paradigme est l’idée que le modèle de la globalisation est daté et qu’il il doit être remplacé, notamment dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique », affirme Jean-Louis Missika  

 

Au vu de ces considérations, faire de Paris une ville productive est un enjeu fort. Mais qu’implique cet objectif ? Que veut concrètement dire « fabriquer en ville » ? Où trouver la place pour produire, acheminer et livrer sans nuire aux habitants ? Benjamin Carlu rappelle les besoins des porteurs de projets en termes de fabrication. Si le plus urgent concerne généralement la fabrication du prototype, l’idéal est de commencer par une boucle locale, puis d’élargir le cercle de fournisseurs vers l’Ile-de-France, puis vers la France et enfin d’autres pays. Dans cette perspective, Alysée Flaut met en valeur le concept de micro-usine qui permet de relocaliser certaines activités d’assemblage ou de fabrication additive ainsi que de réduire le time to market et les coûts, mais aussi d’avoir plus d'agilité dans le développement du produit.

 « Produire au plus proche, c’est produire au mieux » atteste Alysée Flaut.

 

Ces petits espaces modulaires prônés par l’intervenante vont dans le sens d’une réintroduction des activités de fabrication en ville sans nuisances pour les habitants. Il faut penser les espaces pour qu’ils puissent être déplacés, arrangés, et mutualisés. Selon Benjamin Carlu, la dynamique actuelle joue en cette faveur. La demande du client se tourne de plus en plus vers le personnalisé, on n’achète plus un produit, mais une expérience. La fabrication se fera donc dans des séries de plus en plus compactes, adaptées aux demandes spécifiques des clients. Ainsi, on se projettera moins dans la fabrication de centaines de milliers de produits par an que dans celle de couches différentes d’un même produit qui auront la possibilité d’être créés localement.

 

Pour Jean-Louis Missika, la révolution industrielle 4.0 a ceci de particulier qu’elle peut permettre d’échapper aux nuisances industrielles. Les imprimantes 3D en sont un bon exemple : silencieuses, elles permettent d’avoir des usines compactes et propres, moins étendues qu’auparavant. La mutualisation constitue un autre élément essentiel. Les FabLab mutualisent à la fois des outils, des machines et des savoir-faire. Cela implique de retravailler et de transformer les locaux traditionnels. « En Ile-de-France, beaucoup de friches industrielles ne demandent qu’à être réactivées, c’est le but de projets comme l’Arc de l’innovation », affirme l’élu. Le plan « Fabriquer à Paris » a également été déployé dans cette perspective, avec la réactivation des hôtels industriels et artisanaux à l’aide de la RIVP, la rénovation de l’hôtel Métropole 19, la préemption des sites pour dédier de nouveaux espaces à cette activité, etc. De Nouvelles offres immobilières adaptées aux activités de fabrication ont été créés et, plus récemment, l’accord avec la BPI pour le financement spécifique à la fabrication a été signé.

 

Le dernier point abordé par le workshop concernait la gestion des compétences de la filière. Comment les sauvegarder et les mettre au service de l’émergence de nouvelles filières ?

Alysée Flaut prône la reformation des ingénieurs aux métiers de l’industrialisation. Ces métiers demandent une grande polyvalence et des compétences qu’on peut acquérir facilement, et sont aujourd’hui plus intéressant que les anciens métiers industriels. Pour Benjamin Carlu, nous sommes passés d’une aire de profils exclusivement technique à un contexte où la moitié des porteurs de projets ont une idée et des compétences molles, auxquelles devront s’ajouter des couches techniques. Pour cela, il est important de découvrir l’industrie, de partir à la découverte d’usines. Il faut construire un circuit industriel ouvert. 

« Le futur de l’industrie n’est pas robotique mais surtout digital et réside dans la manière dont nos petites entreprises réussiront à être interconnectées », affirme Benjamin Carlu.

 

Pour Jean-Louis Missika, l’enjeu majeur est de sauvegarder le savoir-faire qui distingue Paris dans le monde, à l’instar de ce qu’a réussi à faire la filière du luxe et de la mode. Par exemple, les trottinettes électriques fabriquées en Ile-de-France sont très différentes des trottinettes chinoises par leur système de freinage mécanique qui garantit plus de sécurité. Selon l’élu, il faut mettre en valeur cette plus-value et construire des normes qui marquent la différence entre produit bas de gamme et produit haut de gamme.

« Je tiens beaucoup à la rétro-innovation, de nombreux savoir-faire d’une utilité considérable sont en voie de disparition et détenue par quelques artisans, c’est la mission des villes d’aller les chercher », conclut l’élu.

 

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