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Christophe Duhamel, fondateur de Marmiton : "Pour entreprendre, il faut s'amuser et prendre du plaisir"

#Évènement

Christophe Duhamel, fondateur de Marmiton

A l'occasion d'Option Startup, événement de sensibilisation aux métiers du futur dans les lieux d'innovation en France, le fondateur de Marmiton, Christophe Duhamel, revient sur son (délicieux) parcours d'entrepreneur et distille de précieux conseils aux entrepreneurs en devenir.

Christophe Duhamel, bonjour. Vous êtes le co-fondateur de Marmiton, site bien connu de tous les gourmets français... Pour commencer, pouvez-vous nous donner un peu le vertige avec quelques chiffres sur le succès de Marmiton ?

Après 19 ans et demi d'existence, nous donnons faim à 15 à 25 millions de personnes différentes chaque mois sur notre site, à 3 millions de fans Facebook, à 238 000 followers sur Instagram.

Comment parvient-on à innover au quotidien après presque 20 ans d’existence et un marché devenu hyper concurrentiel, voire saturé ?

Marmiton est différent car c'est un site qui s'appuie sur le partage de recettes et de commentaires. La promesse est simple : des recettes bonnes et accessibles car proposées par des gens "normaux" et non par des chefs. Et cette promesse est tenue. Quant à l'innovation, elle vient de l'écoute continue des utilisateurs, de leurs besoins et de leurs usages, qui évoluent vite.

"L'innovation vient de l'écoute continue des utilisateurs"

Comment réussit-on à conserver l’esprit et l’agilité d’une startup ?

On n'y arrive pas toujours... Mais on essaie ! Avant tout, il faut continuer à s'amuser et ne jamais se prendre au sérieux. La vieillesse, pour l'humain, c'est quand on croit tout savoir. On sait que malgré notre position de leader, on peut être détrôné demain par une autre société qui propose de meilleures expériences que nous.

Aller vers des supports considérés comme risqués comme le print, avec le magazine Marmiton, est-ce osé, logique, innovant ? 

Les trois ! C'était osé car on ne savait pas du tout si ça marcherait (pas le temps de faire d'étude de marché ni de trop réfléchir), logique car c'était une demande de nos internautes, innovant car personne ne l'avait fait en étant rentable. Mais c'était aussi cohérent avec notre vision des médias : la notion de "média papier" ou de "média web" dont j'entends encore parler parfois est obsolète depuis longtemps. Il y a des "marques média" qui doivent exister sur tous les supports où elles peuvent proposer des expériences pertinentes : web, papier, vidéo, audio, TV, événementiel... et autres !

 

Qu’est-ce que le rachat en 2006 par le groupe Auféminin.com a t-il changé dans votre quotidien ? 

Une plus grande maturité et une plus grande ouverture due au "choc des cultures", qui a permis à Marmiton de poursuivre son développement et de "grandir".
 

Quelles sont les qualités à déployer pour entreprendre ?

Il faut oser se lancer et ne pas trop se poser de questions, essayer beaucoup de choses (test and learn). Puis une fois lancé, il faut s'en poser énormément et toujours se remettre en question et faire preuve d'humilité, car si on pense qu'on "a fait le plus dur", là, on entre dans une zone de confort dangereuse. Sinon, il faut s'amuser et prendre du plaisir. On ne réussit que ce qu'on fait avec plaisir et que sur un sujet qui nous passionne. En tous cas, c'est mon cas.

"Pour innover, il faut oser se lancer et ne pas trop se poser de questions"

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans l’entrepreneuriat ?

Le fait de construire. De créer quelque chose de nouveau et de tangible, puis de le faire grandir. Nous l'avons fait avec un site web, mais je crois que j'adorerais construire des maisons ou des bâtiments aussi...

Naît-on entrepreneur ou le devient-on ?

Les deux mon capitaine ! Il faut avoir un peu de créativité et de passion, qui font partie de soi. Mais après c'est énormément de travail pour vaincre la peur et/ou l'excès de confiance en soi et toujours rester en rapport avec la réalité.

"Il faut avoir un peu de créativité et de passion"

Faut-il être passionné pour entreprendre ?

Oui, oui, oui ! Je pense que c'est trop ingrat si on n'a pas la passion comme moteur. Mais bon, je dirais la même chose de n'importe quel travail en fait, donc c'est aussi une vision très personnelle.

Quelle (autre) start-up à succès auriez-vous rêvé de monter ? 

Lorsque j'ai repris mes études en faisant un mastère marketing en 2002, j'avais imaginé un projet de cagnotte partagée, mais j'avais trop de travail avec Marmiton pour gérer ça en plus. Un jour j'ai vu sortir Leetchi et je me suis dit que j'aurais dû le lancer...

J'aime beaucoup le principe de La Ruche Qui Dit Oui, où j'ai investi un peu au début et dont je suis un fidèle client.

Des start-up que vous suivez de près dans le domaine de la smart food ?

J'avoue que je ne suis pas fan des grosses tendances actuelles de la food... Tout comme les food boxes il y a cinq ans, le food delivery et le ready to cook va laisser beaucoup de startups sur le carreau : seuls les meilleurs survivront, certainement autour de niches précises. Je pense qu'il ne faut pas faire comme tout le monde et surtout qu'il ne faut pas monter sa boîte pour monter sa boîte : il faut une vraie passion derrière. 

"Il ne faut pas monter sa boîte pour monter sa boîte : il faut une vraie passion derrière"

Est-ce pour vous plus facile d’entreprendre aujourd’hui en tant qu’homme ?

Nous avons monté Marmiton à plusieurs et nous avons notamment longtemps fonctionné en binôme avec mon amie Anne-Laure Vincent. Notre complémentarité et notre confiance ont constitué des fondations solides pour la société. Et à titre personnel, je pense qu'une femme a au contraire plus de chances de réussir en tant qu'entrepreneuse car elle doute plus et se pose souvent de bien meilleures questions. Les hommes se lancent plus facilement, mais je crois plus au potentiel des femmes.

"Une femme a plus de chances de réussir en tant qu'entrepreneuse car elle doute plus et se pose souvent de bien meilleures questions. Les hommes se lancent plus facilement, mais je crois plus au potentiel des femmes."

 

Selon vous, doit-on attendre l’expérience des années pour entreprendre sereinement ou peut-on se lancer dès le plus jeune âge ? Être jeune et entrepreneur, est-ce compatible ? 

Je pense qu'il vaut mieux avoir déjà un peu d'expérience. Mais certains ont ça dans le sang dès leur plus jeune âge, alors pourquoi pas.

La chose importante est de ne pas tomber dans l'injonction de créer sa boîte, qui est venue remplacer dans les grandes écoles l'injonction de travailler dans un grand groupe. Mais par exemple, je crois en des binômes ou des trinômes associant des plus jeunes et des "anciens".

Si vous deviez remonter une entreprise aujourd’hui, le referiez-vous et dans quels domaines ?

Beaucoup de domaines m'amusent : l'alimentation bien sûr, avec un fort intérêt pour le "Mieux manger" (j'ai sorti il y a 2 mois "Rien n'est interdit, guide pratique du Mieux manger"), mais également l'immobilier, la décoration, l'intelligence artificielle...

Quels métiers émergents aujourd’hui vont selon vous devenir incontournables demain ?

Ce qui va devenir incontournable, c'est l'absence de métier et la pluralité des compétences. Mais une compétence est pour moi fondamentale : le fait de créer de bonnes relations avec les gens... L'évolution du "community manager". Alors que le "social media manager" est plus un expert des tableaux de bord, la compétence la plus importante est celle de l'humain, de sa compréhension, de l'empathie. Et ça, ça ne sera jamais obsolète.

"La compétence la plus importante est celle de l'humain, de sa compréhension, de l'empathie. Et ça, ça ne sera jamais obsolète."

Pour finir, quel est votre plat fétiche ? Et la plus belle recette découverte sur Marmiton récemment ?

Encore et toujours les choux à la crème. Ma dernière découverte sur Marmiton est une délicieuse tarte amandine aux abricots, ou comment retrouver le goût de la galette des rois en plein été !

Le groupe Au Féminin, dont fait partie Marmiton, est partenaire de l'événement Option Startup, de sensibilisation des collégiens et lycéens aux métiers de l'innovation, organisé par Paris&Co en octobre.

Crédit photo : Béatrice Cruveiller

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